[VI] La contraception en France

Décidément en ce moment les VI ne me proposent que des sujets qui me parlent tout particulièrement… Cette semaine, j’ai envie de me pencher sur la contraception, au travers d’un article paru sur Métro. J’apprends que désormais, les mineures de 15 ans et plus ont désormais accès à la contraception gratuite. Super ! Mais je pensais que c’était déjà le cas avant ? L’article explique :

Le Planning Familial s’était étonné de la proposition de Marisol Touraine lors du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, et lui avait adressé une lettre ouverte en octobre 2012. La pilule y est déjà libre et gratuite depuis des lustres. La nouveauté réside dans le fait que, désormais, il est possible pour les mineures de plus de 15 ans de se faire délivrer gratuitement la pilule en pharmacie. Mais ceci ne peut se réaliser qu’à condition de présenter une ordonnance et une carte vitale.

Comme le souligne l’auteure de l’article, la consultation chez le médecin reste donc obligatoire, et il faut bien la payer… Pour le coup, le planning familial permet plus de confidentialité pour la jeune fille qui souhaite utiliser un moyen de contraception et ne peut, pour x raison, en parler librement avec ses parents.

Sont concernés par cette mesure : les pilules de 1ère et 2ème génération, l’implant, et le DIU.

C’est tout. Et là, je sursaute.
Ca implique plusieurs choses : premièrement, la jeune femme ne doit utiliser que ces moyens de contraception-là. Moi ça me rappelle une pub qui pass(ait ?) à la télé, et qui finissait par « Certaines femmes pensent à leur pilule quoi qu’il arrive, mais s’il vous arrive de l’oublier, il existe d’autres contraceptifs plus adaptés ». Choisir sa contraception, c’est avoir un vrai choix, pas un choix restreint parce que tel ou tel moyen de contraception n’est pas remboursé. Evidemment, la jeune fille lambda qui ne veut pas en parler à ses parents et qui n’a que 20€ d’argent de poche par mois, elle va pas choisir un contraceptif qu’elle doiit payer de sa poche. (la jeune naïve que je suis était déjà outrée de savoir que toutes les pilules ne sont pas remboursées…)

Deuxièmement, seule la jeune femme doit se préoccuper de la contraception.

Parce qu’on est bien d’accord que l’homme, dans l’histoire, la pilule, l’implant et le stérilet, ça ne va pas lui être d’une grande utilité.

Et la jeune naïve que je suis, ne comprend toujours pas pourquoi les préservatifs (féminins et masculins) ne sont pas remboursés, voire gratuit.

Ceux qui ont été ado dans les années 90 se souviennent peut-être avec nostalgie du fameux « Préservatif à un 1 franc » (15 centimes d’euros)

15 centimes d’euro, et maintenant le préservatif d’urgence des distributeurs est à environ 50 centimes (2€ la boîte de 4), un prix qui me laisse totalement atterrée. J’ai toujours trouvé le prix de la boîte de préservatifs exorbitant, et j’ai l’impression (toute personnelle attention) qu’à force de le décliner pour le rendre plus attrayant (nervures, goût, lumière…), on a tendance à le prendre pour un sex-toy, un truc fun, qui justifie son prix incroyable, et à oublier que c’est avant tout le moyen le plus sûr d’éviter les rapports à risque d’IST et MST, et la contraception la plus utilisée par les jeunes entre 15-24 ans :

90% des 15-24 disent avoir utilisé un préservatif lors de leur premier rapport sexuel

D’une manière générale, cet article m’a donné envie de pousser un coup de gueule à propos de la contraception. Je suis personnellement sous pilule de 3ème génération depuis plus d’un an, je n’ai aucun souci avec elle, j’en suis super satisfaite et je n’ai pas envie d’en changer. Je pense que globalement, la pilule est le contraceptif qui me convient le mieux et j’ai la chance de vivre avec un homme qui ne considère pas que c’est « ma » responsabilité seulement, et que ça ne le concerne pas du tout. Il participe en mangeant les cachets de placebo 7 jours par moi, et s’inquiète régulièrement de savoir si je l’ai prise ou pas. Et quand c’est l’heure de la pilule, la plupart du temps, il se lève et va me la chercher, c’est notre manière à nous d’en faire une affaire de couple. (parenthèse terminée haha)

Mais le médecin qui me l’a prescrite n’a pas cherché plus que ça à me connaître quand je la lui ai demandée. Quelques questions bateau, mon poids, ma taille, remboursable ou pas remboursable ? Et voilà, je repartais avec mon ordonnance. Il y a des millions de femmes en France, il y a plus de 80 marques de pilules différentes, mon médecin n’est pas devin. Comment peut-elle être sûre, ou du moins presque certaine, que celle qu’elle m’a prescrite en me posant 2 questions et demi est celle qui me convient le mieux ? Je me demande sincèrement pourquoi la prise de sang n’est pas systématique, pourquoi j’ai eu une pilule de 3ème génération d’office alors que j’ai su plus tard que normalement, c’était pour celles qui n’ont pas supporté les pilules d’une génération précédente, pourquoi on prend ça par-dessus la jambe et on vient s’étonner après qu’on ait des problèmes. Ah tiens, j’ai oublié de vous dire que je fumais à l’époque !

Et comment se fait-il qu’il soit encore aujourd’hui si difficile de se faire poser un stérilet quand on est nullipare ? Comment se fait-il que les gynécologues ne sachent pas (ou ne veuillent pas savoir) que c’est à peu de chose près aussi bénin que pour une primipare ? Comment se fait-il aussi que j’aie dû aller sur le site de Martin Winckler (très bien fait au demeurant) pour me rassurer suite à un oubli de pilule, parce que mon médecin était incapable de le faire avec précision ? (pour l’anecdote, j’avais oublié ma pilule en toute fin de cycle, et n’avais pas eu de rapport depuis un certain temps… d’après mon médecin, la pilule du lendemain était le seul recours sinon mon corps allait être parasité par un fœtus indésirable, alors qu’en fait… pas tant que ça)

Je remarque à mon grand désespoir que dès qu’on parle de la femme, de son corps et de sa liberté de choix, on fait face à un gros mur de béton impénétrable. C’est valable pour la contraception, les règles, la grossesse, l’accouchement, l’allaitement… c’est désolant. Le personnel médical n’est pas à même de proposer ce qu’il y a de mieux pour la femme, ni de lui laisser le choix d’être « la maîtresse de son destin, la capitaine de son âme », c’est dommage et je pense, dommageable, pour toutes les femmes qui n’ont pas le loisir de fouiller pour accéder à des informations objectives.

Pour avoir de vraies informations sur la contraception, le site de Martin Winckler est tip top.

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4 commentaires

  1. Je fais des études de sociologie, et j’ai assisté à un séminaire incroyable sur le contrôle du corps de la femme. La contraception féminine (et l’IVG), qui semblent être une libération pour la femme, ne sont qu’un transfert du contrôle policier à un contrôle médical ! Une thésarde nous a exposé le fruit de ses recherches (comparaison entre France/Canada), et ça a été un peu le coup de poignard dans le dos… Bref, c’est un sujet complexe, trop souvent écarté de la recherche universitaire, je ne m’étendrai pas trop là dessus. Par contre, si ça t’intéresse, je peux te retrouver le nom de cette thésarde et t’envoyer les notes que j’ai prise pendant ce séminaire. J’ai renseigné mon adresse, si jamais tu veux plus d’informations sur le sujet t’as qu’à m’envoyer un e-mail, je te filerai toutes les infos dont je dispose.

    Au passage, je kiffe tes articles.

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