[VI] Allaitement et féminisme

Ca fait quelques jours déjà que ma belle-soeur m’a envoyé ce super article du Pr. Martine Erzog Evans intitulé :

Féminisme biologique, allaitement et travail, une nouvelle forme d’auto-détermination des femmes

J’ai super envie de vous en parler, parce que je le trouve génial, et il résume très bien ce que je pense en matière de féminisme et de condition de la femme dans la société actuelle. Cet article fait 16 pages, il est très très complet, je pense donc vous en faire un résumé condensé auquel j’ajouterai mes commentaires.

L’article commence fort, avec une citation : « L’allaitement est un truc que les hommes ont inventé pour e… les femmes », a un jour apparemment dit une femme.

[…] un certain féminisme présente l’allaitement comme étant l’adversaire des femmes, celui qui les astreint à la maison. Ce féminisme reprend actuellement de la vigueur en se dressant contre la femme « biologique », celle qui veut utiliser son corps dans toutes ses dimensions, non seulement sexuelle, mais encore en tant que gestante, parturiente et allaitante.

J’en parlais un peu dans mon article « Féminisme au rabais« , mon incompréhension est toujours totale face à ceux qui se réclament du féminisme tout en interdisant aux femmes d’user de leur condition de femmes comme bon leur semble. J’ai l’impression qu’une certaine branche du féminisme a pour but de transformer les femmes en hommes, en promouvant l’égalité des sexes, mais en passant totalement à côté du fait qu’une femme n’est pas un homme et que les hommes et les femmes ne sont pas du tout interchangeables… notamment dans le domaine de la parentalité.

Il existe plusieurs branches du féminisme, je fais recours à mon ami Wikipedia pour vous en parler :

Le féminisme libéral

Il prend place dans la seconde moitié du XIXe siècle (autant dire il y a des lustres) et militait pour l’égalité civile et politique des sexes, ainsi que dans le domaine du travail et de l’éducation. C’est ce féminisme qui a permis le droit de vote, et qui a donné des droits à la mère de famille sur ses enfants, ce qui n’est pas rien quand même.

Le féminisme radical

Ce féminisme voit le patriarcat (l’oppression des femmes au profit des hommes), comme le fondement du système de pouvoir qui régit toutes les relations humaines dans la société. Personnellement, je trouve que le système de pouvoir commence bien avant, par l’oppression des enfants notamment, mais là n’est pas le propos. « Avec d’autres, ce courant cherche à contester le modèle réformiste en rejetant les rôles sexuels archétypaux et en critiquant l’essentialisme, qui naturalise le rôle social de la femme en en faisant une donnée biologique, propre à sa constitution sexuelle. Il accompagne la libération sexuelle et le mouvement de libération des femmes aux États-Unis, en Angleterre, au Canada et en France. » nous dit Wikipedia.

Trop des folles à balancer leurs soutifs comme ça.

Le féminisme radical différentialiste

Ce féminisme est souvent critiqué par les féministes radical-e-s comme étant un « anti-féminisme », puisqu’il part du postulat que la femme dans la société n’est jamais considérée que comme le pendant d’un homme : une épouse de, une fille de, une soeur de, une amie de, mais jamais un être à part entière. On prône dans ce féminisme, bien évidemment l’égalité des droits, entre tous les êtres humains, donc entre les hommes et les femmes. On y ajoute une valorisation des différences, de ce qui fait qu’une femme est une femme et un homme, un homme, en partant donc du principe que les deux ne sont pas les mêmes, et donc pas interchangeables.

source : Wikipedia

Revenons à nos brebis allaitantes.

Obstacles à l’allaitement

L’auteure explique que la culture française est très défavorable à l’allaitement, à travers des faits fondamentaux :

  • Le féminisme « collaborationniste »
  • Le mythe de l’interchangeabilité des sexes
  • L’érotisation moderne des seins
  • Le travail à l’extérieur de la maison
  • Le système capitaliste

Le féminisme « collaborationniste »

Les données biologiques de notre espèce sont claires: les humains, comme au demeurant les grands singes, doivent, pour atteindre une santé optimale, être allaités entre deux et sept années. Les travaux de préhistoriens montrent ainsi à partir de l’analyse de la dentition,
que les petits humains étaient allaités il y a encore peu de temps, en moyenne cinq années. Telle a été la norme pour notre espèce jusqu’à une époque très récente et, ce, sur tous les continents. Seule l’arrivée très tardive de substituts élaborés à partir de lait de vache a pu acculturer nos contemporains et leur faire oublier ces données encore valables il y a peu.

Comment a-t-on pu arriver à l’oublier ? On est quand même la seule espèce vivante à nourrir nos rejetons avec du lait d’une autre espèce… et à considérer ça comme la norme.

Tout commence donc avec les féministes radicales françaises, « menant finalement bien peu de luttes, [elles] se sont exclusivement focalisées sur la contraception, l’avortement, et le travail« . Ce féminisme donne l’idée que pour éviter tout problème à la femme, elle n’a qu’à pas faire d’enfants, ainsi elle peut se concentrer sur sa carrière. On sortait d’une époque où la femme n’avait pas le droit de travailler sans l’accord de son mari, je comprends donc que beaucoup de femmes se soient senties libérées en ayant le choix d’assumer ou pas une maternité, et de se concentrer ou pas sur leur carrière. Mais on a du coup laissé de côté toutes ces femmes qui voulaient concilier les deux, être femme, donc être mère et pouvoir également travailler.

En résumé, la tournure qu’a pris chez nous la lutte féministe a contribué à l’idée que la maternité constituait l’ennemi de l’autodétermination des femmes; que les intérêts de la femme et de l’enfant étaient opposés.

L’idéal féministe classique transforme la femme en homme et fait donc de la maternité, et de l’enfant en lui-même, des obstacles à l’épanouissement de la femme… dans cette optique-là, la femme devrait pouvoir être « comme l’homme » : sans enfant, elle aurait donc la possibilité de gravir les échelons sociaux plus vite, de s’intégrer plus facilement, et donc d’être enfin l’égale de l’homme. J’ai l’impression que pour les femmes qui ont choisi de ne pas avoir d’enfant, la vie n’est pas plus facile, et qu’elles ne sont toujours pas à l’égal des hommes… Le problème de l’égalité homme/femme dans la perception populaire est bien plus profond qu’une histoire d’épanouissement dans la maternité ou pas, c’est un arbre qui cache la forêt si on pense comme ça.

Le mythe de l’interchangeabilité des sexes

Il prend la forme d’une injonction faite aux pères de « couper le cordon » liant mère et enfants, un cordon, supposé être délétère et nuisible.

La racine du mythe de la mère fusionnelle, nuisible pour son enfant, et du rôle de tiers séparateur du père, dans le couple fusionnel mère/enfant, prend racine dans la psychanalyse. La femme devenue mère, après avoir fantasmé pendant neuf mois son bébé, cherche de la gratification et de la valorisation à travers son enfant, elle reporte également inconsciemment sa vie affective (et sexuelle) avec son partenaire (le père du bébé), laissée en « jachère » après l’accouchement, sur son bébé, qui peut alors vivre très mal cette proximité affective « incestueuse ». Le père doit donc revêtir le costume du Tiers Séparateur. Il doit couper le cordon, et veiller à ce que la dyade mère-enfant ne soit pas trop trop fusionnelle, à ce qu’on lui laisse une place… cela passe par : interdire l’accès au lit parental au nourrisson, à désapprouver l’allaitement à la demande – voire l’allaitement tout court -, qui est alors vu comme une mise au service du corps de la mère à son enfant, son corps n’étant alors qu’un corps de mère, et plus un corps d’amante, indisponible pour l’échange amoureux.

Or, à l’opposé exact de ces affirmations péremptoires dénuées de fondements, c’est précisément la fusion mère-enfant qui a assuré la survie de notre espèce depuis son origine. [L’]autonomie [de l’enfant] est certes un objectif ultime à atteindre ; toutefois, il ne peut l’être que si la sécurisation primitive a pu être réalisée. Celle-ci ne peut être obtenue que par un maternage proximal et prolongé durant ces années cruciales autant que fragiles, de construction cérébrale et affective

La sécurisation affective de l’enfant pendant ses premières années, notamment lors des phases cruciales du développement, est primordiale. Or elle ne peut pas être assurée de la même manière par le père et par la mère. Outre l’allaitement, qui ne peut être accompli que par la mère, on ne peut pas nier que l’enfant et sa mère ont un lien spécial que leur confère ces 9 mois passés ensemble, l’enfant à l’intérieur du corps de sa mère, intimement liés par les flux hormonaux, les apports nutritifs, le partage du placenta…

L’auteure parle notamment d’un élément du droit positif français, qui permet en cas de séparation du couple parental, la garde alternée, notamment des très jeunes enfants et des nourrissons.

Véritable jugement de Salomon à l’issue inverse de celle du mythe, nos contemporains choisissent là de faire primer le droit à l’enfant et sur l’enfant au droit de l’enfant à la survie psychique et, accessoirement, à être allaités.

Elle explique que dans le contexte d’une séparation, l’allaitement est souvent considéré comme un obstacle délibérément posé par la mère pour faire obstruction aux « droits du père ». (je me rends compte que sans faire exprès du tout j’ai quasiment dit mot pour mot ce qui est écrit dans le doc, ce n’est pas du plagiat, promis, apparemment on est sur la même longueur d’ondes…) Elle rappelle que de toute manière, sur la longue durée, peu d’enfants se satisfont de la garde alternée, même en grandissant, et préfèrent en général de plus longs séjours chez un seul de leur parent, pour plus de stabilité.

Érotisation contemporaine des seins

L’érotisation du sein est un phénomène très récent et très localisé : ce n’est que depuis peu de temps, et pas sur toute la planète, que le sein est couramment considéré comme un pendant de la vie sexuelle, à la fois dans la sphère privée, et dans la sphère publique. Deux fois plus d’obstacles pour mener à bien un allaitement épanoui.

Dans la sphère familiale, la femme qui allaite peut trouver sur son chemin son propre compagnon, lequel ne dispose souvent point des codes sociaux et sexuels lui permettant de négocier le maintien d’une sexualité épanouie alors que celle-ci allaite. Le père peut ici être soutenu par des porte-paroles célébrissimes tels M. Marcel Rufo, lequel a ainsi osé affirmer que « Lorsque la maman recommence à avoir des relations sexuelles – le plus tôt est le mieux – elle ne peut pas allaiter et se faire caresser un sein : ça ne se partage pas, un sein. »

J’ai du mal à comprendre comment on peut faire passer le désir d’un homme avant les besoins vitaux d’un nourrisson. Et je ne comprends pas non plus qu’on ne puisse pas « partager » un sein, comme si déjà il appartenait à qui que ce soit – mais quand même pas à la femme, si vous avez bien suivi, c’est assez comique. L’auteure souligne à juste titre que pendant des siècles, les hommes se sont très bien accommodés d’une vie sexuelle avec une partenaire allaitante : les enfants étaient rapprochés, les allaitement duraient facilement cinq ans, une femme pouvait allaiter pendant quinze années consécutives !

Étaient-ils condamnés, comme celles-ci [leurs épouses], à l’abstinence ? Bien évidemment non : le sein allaitant était tantôt mobilisé dans le jeu amoureux, tantôt laissé de côté, selon le fonctionnement sexuel du couple.

J’ai envie de vous parler du complexe de la Mère et de la Putain… qui régirait la conception de la femme de la majorité des hommes. Une femme ne pourrait donc être qu’une Mère, idéalisée, placée sur un piédestal, gardienne du temple familial et auréolée de blancheur, pure et parfaite, à l’image de la Vierge, ou bien une Putain, une amante, débordante de sensualité et de sexualité. Encore une fois la femme est soit angélisée, soit démonisée, elle n’a pas d’entre-deux. Evidemment, dans la vie quotidienne, une femme ne peut pas être qu’une Mère ou qu’une Putain, elle est consécutivement les deux (attention, la Mère n’est pas forcément « mère » au sens littéral du terme, elle peut également être un élastique vers la mère de l’homme, être idéalisée comme l’a été la mère de l’homme. De même, le terme « Putain » ne désigne pas la femme comme étant une prostituée… c’est un terme utilisé dans ce contexte pour parler d’une femme sexuelle, désirée, désirante, active sexuellement), elle doit pouvoir explorer ces deux facettes de sa personnalité et de sa sensualité à tour de rôle, ainsi que toutes les autres facettes qui la composent.

Il apparaît cependant comme difficile pour un homme de concilier ces deux images de sa partenaire, d’en faire une mère ainsi qu’une amante, et de ne pas voir l’enfant comme un obstacle au retour de l’amante. D’ailleurs les nombreux articles à propos de la reprise des rapports sexuels après l’accouchement prouvent bien que c’est une question sensible.

Quant à l’érotisation dans la sphère publique, tout le monde a entendu parler de cette maman allaitante qui s’est fait jeter d’un Celio pour avoir osé dégainer son nichon en public… ce qui continue de faire hurler la communauté des mamans allaitantes : en quoi un sein nourricier, le plus souvent caché par la bouche du bébé, par les vêtements, bref, quelques centimètres carrés de peau à peine visibles, serait-il plus choquant que ces très nombreuses publicités mettant en scène des femmes dénudées, pour des motifs aussi cohérents que des voitures ? Allez, pour bien vous faire froid dans le dos, je vous montre un peu ce qui a secoué ma timeline Twitter il y a peu : les deux pubs pour une chemise unisexe d’American Apparel. La version « destinée aux hommes », et la version « destinée aux femmes » :

Vous voyez le problème ?

Ah oui donc du coup plus trop de rapport avec l’érotisation du sein en lui-même, mais j’avais envie d’être pas contente cinq minutes. Disons que le sein n’est pas le seul à être érotisé à tout bout de champ…

[…] rien ne permet de justifier l’exclusion des femmes allaitantes des lieux publics et ces actes doivent être combattus avec la plus grande fermeté. Celles-ci se voient parfois reprocher d’avoir commis un prétendu « attentat à la pudeur », notion qui a fort heureusement disparu du Code pénal depuis sa refonte en 1994.

Le terme a en effet été remplacé par la notion d’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public, ce qui ne peut plus s’appliquer, en aucun cas, à l’acte de l’allaitement.

Le monde du travail

Loin de chercher le retour à domicile, comme une vision purement essayiste dénuée de tout travail empirique l’affirme, les femmes allaitantes d’aujourd’hui, sont des femmes insé-rées socialement, dont l’objectif est de conjuguer réellement travail et maternage, d’une manière certes différente de celle de leurs aînées, laquelle inclurait les besoins de l’enfant et l’autodétermination quant à leur propre corps pris dans toutes ses fonctions.

Les femmes ont toujours travaillé, de tout temps. Certes, cela ne fait que peu de temps au regard de l’histoire de l’humanité qu’elles sont employées, reçoivent un salaire, et travaillent en dehors de la maison, mais elles ont toujours eu un emploi du temps chargé, des tâches à faire. Ce n’est donc pas tout nouveau que les femmes aient à concilier travail et allaitement. Ce n’est cependant pas forcément plus facile, le travail se faisant à l’extérieur, et étant rarement possible d’amener son enfant avec soi. (Skyler White le fait dans la série Breaking Bad, le Parisien en parle dans cet article)

Le biberon a longtemps été la solution pour les femmes désirant ou devant reprendre le travail rapidement après l’accouchement, parfois à un prix bien terrible, lorsque les préparations adaptées n’existaient pas encore, mais on sait maintenant qu’il est possible – bien que peu aisé parfois – de maintenir un allaitement tout en travaillant.

J’aime particulièrement cette citation :

L’allaitement, comme le maternage proximal, met en revanche plus nettement en lumière que le travail est un monde hautement masculinisé, défini par et pour les hommes: déjeuners s’éternisant et après-midi consécutivement interminable ; réunions fixées en fin de journée ; culture consistant à retarder autant que possible le retour au domicile et à rester entre soi, sans toujours être véritablement productif pour autant, etc. Plus largement, le monde masculinisé du travail ne laisse point de place aux temps de la vie : temps de la grossesse, temps de l’enfantement et du maternage, temps de l’enfant vulnérable et dépendant, temps aussi de la personne vieillissante, dont l’on se débarrasse au lieu d’adapter progressivement ses horaires. Il n’est finalement de place que pour le temps et le rythme de l’homme adulte mais jeune.

Quand les mères doivent reprendre le travail dans les premiers mois de la vie de l’enfant (le congé maternité pour un premier enfant est de 16 semaines, 6 semaines en prénatal et 10 semaines après l’accouchement, soit environ 2,5 mois avec le bébé, soit rien du tout, pour être franche, et surtout pour un premier enfant, quand c’est un si grand bouleversement. Rappelons qu’en Suède le congé maternité dure un an et est rémunéré à 100% du salaire), il est naïf de croire que c’est sans effet sur l’enfant. A 2,5 mois, un bébé ne sait même pas que lui et sa mère sont deux êtres séparés. Je n’imagine même pas ce qui se passe dans le cerveau d’un bébé de deux mois et demi confié à une personne extérieure à la sphère familiale proche et qui ne voit pas sa mère de la journée.

Capitalisme

Encore une citation géniale, et qui j’en suis sûre plaît à ma belle-soeur préférée :

Le non-allaitement est souvent présenté comme constituant un choix de la femme. Encore ce choix devrait-il être éclairé par des données objectives, ce qu’il est rarement dans un contexte où la désinformation domine.

Et la société toute entière d’obstruer les faits : le non-allaitement augmente le risque d’allergies, de diarrhées, d’otites, de MSN, de mauvaise digestion, de mauvaise dentition, de cancer du sein et des ovaires pour la mère, d’obésité, d’infections bactériennes, d’infections virales, d’infections respiratoires, d’hospitalisation, de déshydratation, d’asthme, de problèmes vasculaires. Par exemple. Liste non exhaustive.

Mais l’industrie du lait artificiel a énormément de pouvoir en France. Bien que la publicité pour le LA soit interdite pour les produits destinés aux bébés de moins de 6 mois, les publicités vantant les mérites du lait « 2ème âge », ont un effet particulièrement pervers. A travers des slogans comme « Après le vôtre, probablement l’un des meilleurs laits » (Gallia), l’industrie fait croire :

  1. que le lait artificiel est quand même bon. Le lait maternel est meilleur, mais ça ne veut pas dire que le LA est nocif. Il est juste « un tout petit peu moins bon ».
  2. que le lait artificiel est une suite logique de l’allaitement. Les pédiatres et les pontes qui passent à la télé le disent : allaiter oui, bon, pourquoi pas, mais pas plus de 3 mois (parfois 4, si on est chanceux, 6 !), et ensuite, vous n’y couperez pas. De toute façon votre lait n’a plus aucun intérêt, tous vos anticorps sont passés, donc pourquoi vous embêter ? Faites confiance à Gallia ! (les anticorps se transmettent de la mère à l’enfant pendant des années…)

[…] En Occident, l’allaitement et spécialement l’allaitement long est avant tout une affaire de femmes éduquées, lesquelles occupent des emplois ; et non, bien au contraire, les femmes les plus pauvres et moins éduquées et ceci vaut dans des pays très divers.

Encore une fois c’est quand même une honte qu’il faille creuser, acheter des livres, pouvoir discuter, échanger, participer à des réunions et des rencontres, pour trouver la vérité, et pour être informé. Quand on voit le prix d’une boîte de lait artificiel, et le nombre de femmes qui n’allaitent pas « parce que mon lait était pas bon », « parce que j’avais pas de lait », « parce que j’ai pas réussi » (autant dire : par manque d’info et de soutien), que d’argent perdu… Le lait maternel est gratuit !

« Alimenté par le lait de maman L’allaitement est la meilleur manière de nourrir votre enfant » Cette affiche émane du service de santé du comté de Santa Clara aux Etats-Unis.

Le renouveau de l’allaitement

Ces femmes ayant enfin à leur disposition une information qui leur avait été dissimulée jusque-là par l’alliance d’un corps médical, en grande partie il est vrai lui-même ignorant, et du grand capital, ont décidé de s’autodéterminer.

Petite pensée émue pour ma belle-soeur et ses discours enflammés contre le corps médical, contre la désinformation, contre le lobby du LA, qui m’a ouvert les yeux – et mieux vaut maintenant qu’une fois qu’il sera trop tard. Qui mène son allaitement avec un bébé allergique aux protéines de lait de vache (devenu bambin maintenant), avec un végétarisme tendant au véganisme, envers et contre tous les jugements que ça peut lui valoir.

La réapparition de l’allaitement remet sur le tapis le débat de la place du père : pour beaucoup de femmes, il n’est désormais plus question d’accepter le père comme une deuxième figure « maternante », mais de lui trouver une place « paternante », un soutien dans la dyade mère-enfant, un soutien dans l’allaitement, dans la fatigue, dans le ras-le-bol, et face aux regards extérieurs.

Un nouveau féminisme

Après avoir obtenu de faire « comme les hommes », les femmes veulent désormais en plus, être aussi respectées en tant que femmes et mères.

Loin d’être anti-féministes, les femmes qui cherchent à s’épanouir au travers de leur maternité, cessant de voir l’enfant comme un obstacle, cherchent à concilier les victoires du passé avec les revendications du présent. Elles ne nient pas les avancées notoires qu’ont été la contraception, l’avortement, pas plus qu’elles ne font de leur désir d’enfant un désir universel et un devoir pour toutes les femmes. Elle ne considèrent pas qu’une femme qui choisit de ne pas avoir d’enfant, de ne pas allaiter, n’est pas une vraie femme. Elles considèrent tout simplement avoir le droit de choisir, en leur âme et conscience, avec les infos dont elles disposent, et sans qu’on leur mette des bâtons dans les roues, sans qu’on leur dise qu’elles sont ignorantes, écervelées, incapables.

Le droit des allaitantes (et de leurs bébés)

Heureusement que les travailleuses allaitantes sont là ! Le droit des allaitantes a failli disparaître, considéré comme étant devenu « obsolète ». On y retrouve le droit à l’heure d’allaitement, ainsi qu’à la chambre d’allaitement. Mais ouf ! l’honneur (et les nichons) sont saufs :

L’article L 1225-30 de ce nouveau code [du Travail] dispose, sans changement que : « Pendant une année à compter du jour de la naissance, la salariée allaitant son enfant dispose à cet effet d’une heure par jour durant les heures de travail ». Cette disposition permet à la femme de bénéficier de deux pauses d’une demi-heure réparties dans la journée lui permettant d’allaiter durant le temps de travail.

Le droit à la chambre d’allaitement est quant à lui plus flou : les textes se contredisent, insinuent que les enfants peuvent rester sur place, mais en fait non, mais oui mais avec un berceau, bref… les textes parlent en sus des entreprises de plus de 100 employés, laissant entière la question de la condition de l’allaitement dans une petite entreprise, ainsi que du droit à allaiter (ou à tirer son lait) dans une pièce à l’abri des regards. Je pense que beaucoup de femmes allaitantes doivent aujourd’hui se confronter, aux patrons pas forcément ouverts à l’idée d’un allaitement (déjà à l’idée d’embaucher des femmes, ces éternelles fécondées reproductrices…), ainsi qu’aux regards des collègues. Pas facile j’imagine.

Ce que je retiendrais de ce long document (et de mon long article, du coup), c’est que beaucoup de chemin a été parcouru, mais reste aussi malheureusement à parcourir, pour remettre l’allaitement à sa place : la norme.

Les femmes ne sont vraiment pas aidées, pas informées, pas soutenues, dans ce choix. L’Etat ne fait pas grand chose non plus, pour promouvoir l’allaitement : la semaine mondiale de l’allaitement maternel se déroule du 1e au 7 août chaque année, mais la France décide bien gentiment de faire ça en octobre… et m’est d’avis qu’on ne verra pas un seul spot, une seule affiche émanant du ministère de la Santé : les cabinets des pédiatres sont déjà remplis de posters Guigoz, y’a plus de place…

Heureusement, il existe des organisations qui soutiennent et promeuvent l’allaitement maternel !

La Leche League (LLL)  est la plus connue d’entre elles. Vous pouvez également trouver du soutien, des conseils, ou des informations auprès de la Coordination Française pour l’Allaitement Maternel (CoFAM), de l’Information pour l’Allaitement Maternel, de Solidarilait, et de votre sage-femme…

Pas grand-chose à voir (sinon que c’est aussi à mon sens féministe) mais n’oubliez pas qu’il y a un concours pour gagner 2 protections intimes lavables de la marque PLIM, qui prendra fin le 16 septembre. N’hésitez pas à prendre 3 minutes pour y participer ! C’est par ici.

A bientôt !

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24 commentaires

  1. salut a toi jeune idiote
    merci pour cet article vrai et bien écrit. J’allaite mon bébé et je suis féministe. j’ai été très bien informée par ma sage femme,elle m’a vraiment aidé (ainsi que toute l’équipe de la maternité, pmi etc) et maintenant jsuis une pro ;).
    la fin de la désinformation est proche :)

  2. Bravo! Enfin un discours sensé sr l’allaitement! JE SUIS VÉGÉ, ALLAITANTE ET FÉMINISTE! Bordel de cul! J’ai allaité mes 2 grds pdt 1 an ma derniere a 16mois et je l’allaite encore et pratique portage et maternage! J’allaite a la demande KAN ELLE VEUT ET OU ELLE VEUT et je SURKIIIIFFE! Et je me bats et me battrais tjr pr réhabiliter cet acte merveilleux qu’est l’allaitement ! Et ça ne m’empeche d’etre femme et indépendante! Au contraire c une source de force!

  3. Très bon article, merci et BRAVO :)
    SI j’ose une toute petite remarque, tu commences par « (…) ce super article du Pr. Martine Erzog Evans ». Partout ailleurs qu’en France – je crois et je l’espère – on aurait mis DE LA Pr Martine Erzog Evans.
    ;)

  4. Ton article m’interroge beaucoup et j’ai moi même une expérience différente des gens qui ont posté des commentaires. Je n’ai allaité mon fils que 3 mois et j’ai repris le travail à la fin de mon congé maternité. Des copines m’avaient dit tu verras la grossesse, l’allaitement c’est génial, j’avoue avoir été un peu déçue. Je ne me suis pas du tout sentie épanouie pendant ma grossesse, je me suis posée énormément de questions sur la responsabilité que j’allais avoir sur ce petit être. L’allaitement n’a été ni un plaisir ni une contrainte, c’est quelque chose que j’ai fait assez naturellement mais sans en tirer un plaisir extrême comme on pouvait me le dire.
    Je voulais réagir plus particulièrement à la question de la psychanalyse. J’ai beaucoup lu Françoise Dolto qui est une femme que j’apprécie particulièrement et je suis d’avis que le rôle du père en tant que tiers séparateur est important. Dolto dit qu’il y a trois grandes frustrations dans la vie d’un être humain. La 1ère est la naissance, l’enfant est séparé physiquement de sa mère, il ne va devoir respirer seul, apprendre à se nourrir seul… La seconde est le sevrage, à partir d’un moment sa mère va arrêter de l’allaiter, il va devoir apprendre à ne plus être dépendant d’elle pour survivre et la 3ème frustration est l’interdit de l’inceste. L’enfant ne pourra pas se marier avec sa mère ou son père et avoir des enfants avec elle ou lui. Dolto dit qu’accepter ces frustrations sont essentielles pour devenir Homme et que ce n’est qu’en sublimant ces interdits que l’Homme a eu accès au langage, ce n’est que par le sevrage et l’obligation de devoir trouver seul sa propre nourriture que l’Homme va devoir faire preuve de sociabilité, va devoir rentrer en interaction avec ses semblables. Je pense qu’une relation trop fusionnel avec la mère devient « mortifaire » et pour moi le père à son rôle à jouer pour amener l’enfant dans le Monde différent du monde de la mère et de l’enfant qui est lui aussi essentiel.

    Je sais pour ma part que plus fils grandit (il a maintenant 2 ans 1/2) plus j’apprécie mon rôle de mère. Au tout début je me suis sentie mal à l’aise avec ce tout petit bébé, il était entièrement dépendant de moi, il me conférait un pouvoir énorme et j’ai eu peur de ce pouvoir. Mon conjoint a eu un rôle essentiel à ce moment là.
    Pour finir je voulais juste dire que la maternité n’est pas forcément une évidence pour toutes les femmes. Je suis heureuse d’avoir un petit garçon et je désire avoir d’autres enfants mais je pense qu’il n’y a pas de vérité et que chacun doit se sentir libre de faire ce qui lui correspond le mieux.

  5. J’ai juste envie de m’exprimer, c’est rare sur les blogs mais ça m’arrive :-)

    Suite à ton article, qui pour une fois rejoint vraiment ce que je pense, sans violence ni rancœur, je me demande vraiment comment rendre l’allaitement normal. J’allaite moi même mon fils de 2 ans et demi quand il le demande, ou que ce soit ET SI J’EN AI ENVIE (oui quand même, car s’il ne veut pas toujours prêter ses affaires, moi non plus!)
    Mais comme je fais ça très naturellement, sans exhibitionnisme ni excès de pudeur, je crois que ça passe à la trappe tout le temps et les gens ne s’en rendent même pas compte!

    Je n’aime pas trop non plus la journée de La Grande Tété, où pleins de femmes se retrouvent dans des parcs et autres lieux publiques, à donner la tété et à se rencontrer. Je ne suis pas si sure que l’effet secte ça sensibilise les gens, j’ai même l’impression que certaines vont allaiter CONTRE eux, en les choquant presque volontairement! Ce n’est pas ça l’allaitement… Même si j’ai conscience que ça peut du coup représenter une forme de soutient pour les mamans qui doutent, de voir qu’on est pas seule à écouter sa petite voix c’est important!

    Et puis merci le reportage TV qui nous a bien tous pourri, celui que tout le monde a vu et me ressort dès que je parle de sevrage naturel « Oui enfin quand même, à la télé j’ai vu une femme qui donnait le sein à sa fille de 8 ans et puis une autre qui allaitait ses jumeaux et même son mari! » Oo mon dieu, qu’est-ce que je peux rétorquer à ça moi! Il doit y en avoir une poignée en France qui allaitent leur mari et ce sont elles qui représentent l’allaitement maintenant! Et tant pis tant mieux si elle font se qu’elles veulent!

    Non vraiment, choquer les gens n’est pas la solution, allaiter en publique me paraît le mieux (surtout quand je vois des enfants qui s’approchent de moi sans gêne ni méchanceté, pour regarder de près « comment c’est » et me demandent pourquoi il me « suce le ventre » XD), mais je crains que ça ne suffise pas. J’aimerais rendre obligatoire une pièce dans chaque lieux de travail, tout comme on rend obligatoire l’aménagent d’accès pour les handicapés, mais je sais même pas comment on pourrait s’y prendre. Procès? Lettre ouverte?

    En tout cas merci pour ton article, je ne sais toujours pas dans quelle case me placer question féministe, cela dit je crois que je n’aime pas ce mot « féministe ». Je trouve que ce
    -iste fait trop fasciste, machiste, monothéiste, intégriste, enfin je sais pas, j’aime pas quoi! Je cherche un mot plus beau, plus doux, plus fort, plus vrai, plus positiviste en somme ;-p

    Belle vie à ton blog!

  6. Merci pour cet article, vraiment tres interressant, et c’est un sujet capital pour tout feministe qui se respecte. L’idée que le feminisme soit incompatible avec l’allaitement est non seulement absurde, elle aliment le discours tous les gens anti feministes qui se servent de cet argument: les feministes se battent contre la nature. LOL

    Il n’y a rien de plus naturel que d’allaiter. Meme si c’est vrai que ca n’a rien de facile, d’ailleurs tu mets le doigt dessus: « le nombre de femmes qui n’allaitent pas « parce que mon lait était pas bon », « parce que j’avais pas de lait », « parce que j’ai pas réussi » (autant dire : par manque d’info et de soutien), que d’argent perdu… Le lait maternel est gratuit ! »

    Le manque d’info et de soutien dont tu parles est selon moi la source du probleme. Je pense que le lobby du LA n’est pas le seul coupable: apporter le soutien nécessaire aux femmes qui souhaitent allaiter a un certain cout, du coup comme toujours, on prefere sacrifier la santé de la mère et de son enfant…

    Sinon j’ai une question par rapport a cette phrase: « A 2,5 mois, un bébé ne sait même pas que lui et sa mère sont deux êtres séparés. ». Je ne savais pas que c’était le cas, est-ce qu’il en parle dans son article? Il y a eu des études scientifiques a ce sujet? Je suis juste curieux :)

  7. Je pense qu’en se focalisant sur l’opposition différencialisme/universalisme, on passe à côté des véritables problématiques. Le féminisme est constitué de nombreux courants dont seuls assez peu ont une visibilité médiatique en France. En France, à part Badinter et les FEMEN, on entend assez peu le discours féministe. Il faut avoir conscience aussi que la France est un pays profondément machiste, ce qui fait que les discours féminismes sont très souvent simplifiés et caricaturés.

    Il est assez stupéfiant de mettre la garde partagée comme une marque de féminisme. Concrètement, ceux qui revendiquent la garde partagée intégrale dès la petite enfance sont au contraire des associations de pères très antiféministes qui posent les hommes comme les victimes d’une société misandre. Les féministes prônent le partage des tâches et une garde en adéquation avec l’investissement de chacun des parents dans l’éducation de l’enfant, ce qui n’est pas la même chose.

    De même, il faut noter que l’un des pédiatres anti-allaitement les plus emblématiques est aussi un des plus machistes : Aldo Naouri. Il s’est opposé tant à la déclaration des droits de l’enfant qu’au partage de l’autorité parentale entre les deux parents.

    Il n’est pas un cas isolé. Même si le féminisme a été moins actif en France que dans les pays anglo-saxons et nordiques, il faut voir que les droits de l’enfant, sa perception en tant qu’individu devant être protégé mais également écouté se sont développés en parallèle de ceux de la femme en tant qu’égale de l’homme.
    Quand la famille était construite comme une institution dominée par le père, les droits de l’enfant n’existaient pas. Quand la famille est devenue plus démocratique, cette démocratisation a commencé à s’élargir à l’enfant (les ouvrages de François de Singly sur la sociologie de la famille sont à cet égard très intéressants).

    Les féminismes sont les premières à avoir posé la question de l’inceste. Dans la société patriarcale dans laquelle Freud a grandi, le seul inceste problématique est celui du fils prenant la place du père dans le lit de la mère. La violence des pères sur les enfants est passé sous silence (et même considéré comme un fantasme des enfants).

    Puisqu’on est sur la psychanalyse, certes la psychanalyse a théorisé la question du tiers séparateur mais elle n’en est pas à l’origine. La psychanalyse s’inscrit dans une tradition patriarcale où le père est la personnification de l’autorité et de la loi.
    Dans la Rome antique, après la naissance d’un enfant, la sage femme remettait le bébé non pas à la mère mais au père qui décidait s’il l’intégrait dans la famille ou l’abandonnait.
    Dans le judaïsme, la circoncision au 8ème jour de l’enfant est un devoir du père de l’enfant qui doit ainsi l’intégrer dans la communauté des hommes (donc le séparer de la mère). Cette question du tiers séparateur est profondément anti-féministe car elle essentialise le père comme personnification de la loi et renforce ainsi le système patriarcal.

    Les pays nordiques sont ceux où le taux d’allaitement est le plus élevé, où la non violence éducative est inscrite dans la loi, où l’école se veut comme un endroit d’épanouissement de l’enfant, mais c’est aussi celui où les femmes sont le plus intégrées dans la vie politique et économique, où la législation contre le viol est la plus rigoureuse, où la marchandisation du corps est la plus réprimée. Ces pays sont même vus comme un épouvantail pour les opposants à la « théorie du genre » car les enfants y sont élevés de la manière la moins différenciée possible.
    Cela peut sembler paradoxal, mais cela ne l’est pas. Le combat pour l’égalité homme/femme n’est pas un combat qui doit exclure les enfants, bien au contraire. Une société plus égalitaire et plus respectueuse bénéficie aux femmes, aux enfants, mais aussi aux hommes qui ne sont plus obligés de se conformer à des schémas de virilité « acceptables ».

    Sur la question de l’allaitement et plus largement du maternage, au lieu d’opposer les féminismes, je pense qu’il est plus intéressant d’élargir la question en dépassant en se demandant quelle société nous voulons et ce qui est sa priorité. Doit-on considérer que le travail et donc la productivité est la priorité ou bien la vie personnelle avec son aspect familiale et ce qu’elle permet d’épanouissement personnel ? Il y a certes des gens qui s’épanouissent dans leur travail mais je doute qu’ils constituent la majorité de la population.
    L’allaitement et le maternage intensif sont une remise en question d’une logique productiviste et marchande à outrance. Ils s’inscrivent dans une attitude anticapitaliste… Ils peuvent être un facteur de progrès social si au lieu d’opposer essencialisme/universalisme, ils posent la question de la place de la femme, de l’enfant et plus généralement de l’humain dans une société basée sur le productivisme et le consumérisme.
    Je crois qu’à partir de là, on peut voir un clivage entre féministe bien plus pertinent : un féminisme qui remet en question l’ordre social et un qui l’accepte et s’est satisfait. Badinter est une figure très caractéristique du second. Il est assez révélateur qu’elle critique le maternage mais qu’elle s’oppose à la pénalisation des clients des prostitués, soutienne une légalisation de la gestation pour autrui et critique les lois sur le harcèlement sexuel.

    1. Vraiment 100% d’accord avec ce ommentaire! J’ai du mal avec le discours de Badinter, que je considere comme anti-feministe – tu la pose comme feministe qui accepte l’ordre social, c’est une autre facon de voir les choses. C’est comme les Femen, pareil, leur ideologie va selon moi a l’encontre de tout mouvement feministe. Et leur exposition mediatique est en effet symptomatique, tout comme l’exposition mediatique qu’on recu ces ahuris masculiniste qui etaient allé pleurnicher en haut des grues…

      Et completement d’accord par rapport aux pays Nordiques. Ils semblent etre en effet en avance par rapport a nous (et bien d’autre pays) a plusieurs niveaux. Je pense notemment a prositution: comment un(e) feministe qui se repescte peut il/elle se battre pour la legalisation et contre l’abolition? C’est tout simplement aberrant!

  8. Badinter, je peux encore la comprendre s’agissant de l’allaitement, même si je ne partage pas son point de vue. Par contre, considérer que les couches lavables c’est un recul du féminisme, ça veut dire qu’on considère que changer les couches et laver le linge, c’est le boulot des femmes, ce qui n’est vraiment pas féministe !

  9. Bravo ! Moi aussi je suis depuis toujours anti féminisme, tout au moins anti féminisme radical, ce féminisme qui nous veut les égales des hommes en oubliant que nous sommes différentes de par notre qualité de mères. Et que dire des élues qui ne prennent en compte que leurs propres idées et leurs propres besoins sans s’inquiéter des idées et des besoins de celles qui donnent la priorité à leur rôle de mère !
    J’ai eu la chance de pouvoir m’arrêter de travailler pour élever mes enfants, ce qui malheureusement, en France, n’est pas donné à toutes (celles qui en ont envie) contrairement aux pays nordiques particulièrement évolués par rapport à nous.
    Mais j’ai toujours le regret de ne pas avoir assez longtemps allaité mes enfants parce que les médecins même il y a près de 40 ans n’étaient pas suffisamment informés sur les bienfaits de l’allaitement maternel.
    Il m’aurait fallu Internet à cette époque… j’aurais allaité mes enfants pendant les 5 ans nécessaires en envoyant au diable ceux qui n’étaient pas contents, car j’allaitais à la demande et où je me trouvais, sans m’inquiéter des regards désapprobateurs ou non…
    J’ai eu la chance aussi que mon mari, tout macho qu’il soit, m’ait laissée faire ce que je voulais tant que les enfants n’ont pas eu « l’âge de raison », et ait accueilli les bébés dans notre lit tant que je les ai allaités (il l’aurait accepté aussi après mais ils dormaient tellement que la question ne s’est plus posée).
    Je ne peux que féliciter toutes les femmes qui se battent aujourd’hui pour faire accepter leur décision de faire passer avant tout le bien-être de leur enfant.

    1. Attention, je ne suis pas anti-féministe ! C’est dans le titre d’ailleurs ;-)
      Anti-féministe radicale… mouais, j’ai utilisé ce terme parce que c’est celui qu’on donne à ce mouvement, je me trouve bien plus radicales que certaines d’entre elles, mais sur d’autres sujets… Pour moi l’essence du féminisme, ce sont deux questions simples : est-ce que je considère que tous les êtres humains sont égaux entre eux ? oui. Est-ce que je considère la femme comme un être humain ? oui.
      A partir de là nous sommes beaucoup à être féministes et à se voiler la face « oui c’est vrai que les femmes ne sont pas traitées de la même manière que les hommes, mais je suis pas féministe hein ! », parce que c’est très mal connoté comme terme.
      Je me bats pour que les femmes aient la possibilité de faire ce qu’elles VEULENT. Allaiter si elles veulent, ne pas allaiter si elles veulent – en faisant leurs choix en conscience. (je considère qu’un choix qui est fait quand on n’a pas les informations n’est pas un choix mais un diktat.)

      1. En fait c’est en rebondissant sur un des commentaires que je disais être anti-féminisme RADICAL, et j’ai bien précisé que c’est ce féminisme-là que je ne supporte pas. A côté de ça, s’il n’y avait pas eu de féministes on n’aurait toujours pas le droit de vote et je n’aurais pas eu de droits parentaux sur mes enfants. Donc le féminisme oui, mais pas à n’importe quel prix !

  10. merci Une Jeune Idiote pour ce superbe article très détaillé et écrit avec soin, avec lequel je suis 100% d’accord :-)
    j’ai toujours ressenti un malaise face aux féministes radicales classiques type Badinter, qui voient en nous des traitresses… merci à toi et ce monsieur de rappeler qu’on peut être féministe ET allaiter. Et qu’on peut être une femme sans avoir à s’amputer d’une partie de soi.

  11. Merci pour cet article dans lequel je me retrouve tellement! Que ça soit dans la définition d’un féminisme auquel je peux/veux adhérer comme dans le traitement de l’allaitement dans vie de la femme « moderne ».

    Après certaines publications (celle de Badinter, entre autres), j’en étais venue à me déclarer anti-féministe, ne comprenant pas comment on pouvait mettre sur un tel pied d’estale la « femme homme », qui elle seule à sa place dans notre société masculinisée. Je ne me sentais pas du tout respectée en tant que femme dans ce modèle.

    Comme je n’aime pas trop les « anti » et que je préfère les définitions plus positives, mes réflexions m’avaient menée vers une définition d’un monde idéal où on prenait les gens comme ils sont, sans a priori liés à une case. Nous sommes des êtres humains avant tout, avant d’être une femme, un arabe, une obèse, un homo,… Quel est ce besoin de nous catégoriser en permanence? Pour mieux vivre l’angoisse du monde où on ne sait pas d’avance à qui on a affaire? Dommage! C’est ça le monde dans lequel on vit, que l’on se fasse des petites boites pour classer les gens ou pas!

    Ton article m’a fait réfléchir: j’ai allaité mes enfants un certain temps et tiré mon lait au bureau. En cachette ou presque. J’ai donc fait ce que j’avais envie de faire, mais culpabilisée de ne pas être aussi « performante » qu’un homme. Là, je me rends compte que le « combat » (eurk, ce mot!) n’est pas terminé. Tant que je me mettrai moi-même dans les boites toutes prêtes des autres, je ne me respecterai pas. Suite à ton article, je pense pouvoir mieux formuler les arguments par rapport au fait d’être « emprisonnée » dès qu’on est maternante, allaitante,… donc, encore merci!

    Dans l’entreprise dans laquelle je travaille, je sens une évolution, au niveau de l’attente de « productivité » des femmes, du fait que dans mon milieu masculin, du moins, (informatique, 90% de mecs) on commence à accepter qu’une femme qui reste femme peut mener à bien des projets. Les femmes ne doivent plus être des « camioneuses » (pardon mesdames les camioneuses) pour être respectées. Les pères sont aussi plus respectés quand ils veulent partir tôt pour aller chercher leurs enfants à la crèche. C’est donc plus que la place de la femme qui change, c’est aussi celle de l’enfant et de l’importance de lui accorder plus de temps et d’attention. Un jour, j’en suis sûre, on pourra dire « suffisamment de temps et d’attention ».

    Bon, par contre, sur la « propriété » des seins (corps) des femmes, je sens qu’on peut encore progresser. Je choque régulièrement mes collèges (masculins) à dessein en disant (bien fort) que j’ai prêté mes seins à mes enfants en les allaitant, que je les prête à mon mari, mais qu’ils restent MES seins :-). Je vois bien que c’est une petite graine dans leur cerveau… et c’est déjà ça!

    1. J’aime beaucoup ta formulation !
      J’avais une discussion de ce genre avec des amies, qui considéraient que la vie en couple, c’est appartenir à l’autre, notamment dans le domaine sexuel. J’étais absolument en désaccord. Et du coup je retiens ta formulation : mon corps est MON corps, et quand je laisse mon partenaire faire « ce qu’il veut avec », je lui prête mon corps – et je peux le lui reprendre si ce qu’il en fait ne me satisfait pas, je n’appartiens qu’à moi-même !
      Merci !

      1. (j’arrive un peu tard, désolée…)
        C’est vrai que la formulation est intéressante… mais pour ma part elle me rebute: je ne prête pas mes seins, ni d’ailleurs le reste. Je m’en sers. Pour alimenter mon enfant, exprimer mes sentiments et créer du plaisir avec mon partenaire, notamment. Est-ce qu’un homme considère aussi qu’il prête son corps à sa femme (hors formulation sexo-ludique)? (ce n’est pas une question rhétorique, messieurs)

        Sinon, pour ne pas varier, merci pour ce condensé commenté efficace. Où je me rends compte à quel point Badinter est devenue un repoussoir. Elle est effectivement représentative d’une autre période, et ses positions aujourd’hui datées étaient essentielles il y a cinquante ans (déjà?): merci à nos aînées, et aidons-les à se mettre à jour. Il est bon que le féminisme ne soit pas monolithique et que des sensibilités tranchées puissent s’exprimer: ça amènera peut-être à en faire un sujet comme un autre, alimenté par les participations de nombreux individus. Et permettra que « féministe » ne soit plus un gros mot mais un corollaire « d’humaniste ».

  12. et bien…. merci pour cet article très intéressant! heureusement il y a de petits progrès, mais tellement lents… Chez moi en Suisse il est interdit de faire de la pub pour les laits en poudre premier âge. Les pharmacies elles-mêmes n’ont plus le droit d’en distribuer des échantillons. La seule diffusion autorisée est celle des laits destinés aux bébés de 6 mois et plus.
    D’autre part, de plus en plus d’entreprises (grandes) et de magasins proposent un pièce pour l’allaitement (par exemple à mon université, il y a un espace bb).
    Sinon pour le reste, nous sommes tout autant en retard sur les pays nordiques et le Canada!

    1. En France aussi la publicité est interdite pour les laits premier âge. Mais comme elle est autorisée pour les laits 2e âge (qui ont exactement la même composition en fait, à ceci près qu’ils sont un peu moins transformé car le système digestif des bébés est plus résistant pour assimiler la crotte que c’est), donc ça revient peu ou prou au même…

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