Pour ma liberté d’accoucher où je veux

Salut les amigos. Ca faisait un bail, n’est-ce pas ? Figurez-vous qu’en ce moment je suis tellement occupée que je n’ai pas le temps de me couper les ongles, ça commence à être problématique pour la tarée de la manucure que je suis censée être à la base. Allez, après cet article et dès que Monsieur Chéri est reparti travailler, je m’occupe de ça. C’est plus trop possible là. Aujourd’hui, je reviens encore faire ma chieuse qui réfléchit beaucoup tout ça, parce que depuis quelques semaines, je suis en pleine interrogation…

L’accouchement à la maison est menacé en France

Oui, c’est ça qui me préoccupe.

Pour ceux qui ne sont pas au courant, je n’ai pas d’enfants, mais je sais que j’en veux et que j’en aurai. Je ne m’imagine pas sans, et je serais malheureuse comme les pierres si ça se révélait impossible pour des raisons médicales. Avoir rencontré Monsieur Chéri et être persuadée, au plus profond de moi-même, dans mes tripes, que c’est mon amour pour toujours a encore renforcé cette idée que sans enfant, je ne pourrais pas m’épanouir totalement. Alors c’est pas envisagé là tout de suite maintenant, évidemment, mais je sais que ce sera une étape qui jalonnera ma vie, et pas qu’une seule fois.

Et avec tout le chemin que j’ai parcouru, toutes les réflexions personnelles que j’ai menées dans le domaine de la parentalité, de l’éducation, de ma féminité aussi, et de mon envie d’être mère, je sais qu’il y a des choses qui me tiennent d’ores et déjà vachement à coeur, qui me paraissent déjà très importantes. Parmi ces choses on trouve pêle-mêle l’allaitement (impossible de m’imaginer ne pas allaiter), l’éducation non-violente (ce serait un comble quand même), et au milieu de tout ça je voudrais une grossesse respectée, et je voudrais être maîtresse de mon corps jusqu’au bout.

Alors dans le meilleur des cas, si tout se passe bien, je voudrais accoucher chez moi.

(avant que vous vous disiez que je réfléchis vraiment trop loin, qu’on n’y est pas encore, que de toute façon si ça se trouve je pourrais pas allaiter, que j’aurais une grossesse pathologique, que j’aurais pas le choix : je sais. Dites-vous bien que je réfléchis « dans le meilleur des cas ». Et oui : je réfléchis vraiment trop loin parce que j’estime qu’au plus tôt je sais ce que je veux, mieux je serai dans mes baskets pour faire respecter mes choix, et mieux je le vivrai. Ca fait partie de moi, ça, me poser les questions mille ans à l’avance, pour ne pas être prise au dépourvu. Tout comme je ne m’imagine pas faire un enfant sans avoir réfléchi à comment je veux l’accompagner dans la vie – et sans être sur la même longueur d’ondes que celui que j’imagine être le père, je ne m’imagine pas me lancer dans la grossesse et la maternité sans savoir très précisément ce que j’accepte ou pas, ce dont je rêve ou pas)

Je voudrais accoucher chez moi parce que j’ai lu et entendu trop de témoignages d’accouchements en milieu médicalisé qui tournent au cauchemar, entendu trop de femmes dépossédées de leur corps et de leur libre-arbitre devant les blouses blanches, vu trop d’usines à naissances, et trop peu d’accompagnement. Pas d’individualisation, pas d’attention. Des poulets de Bresse docilement ficelés sur des tables, une sage-femme pour quatre salles de naissance, un anesthésiste qui pose une péridurale mal dosée d’un air froid et narquois : ça vous fait mal ? en même temps vous accouchez, vous l’avez choisi non ?

Je voudrais accoucher chez moi parce que j’ai horreur de l’hôpital. J’ai horreur des blouses blanches, des défilés tristement impersonnels de personnel médical, je n’ai pas beaucoup de séjours en hôpital à mon actif mais y repenser me glace le sang. Trop d’interdits, pas assez de liberté, un monde aseptisé, des mesures, de pesées, des conseils, des contre-conseils, des avis, des contre-avis… C’est mon histoire personnel : je trouve que l’hôpital sent la maladie – même les maternités – et que du coup, tout ce qui s’y passe relève de la pathologie. Or, enceinte, parturiente, accouchée, je ne pourrai considérer mon état comme pathologique que s’il l’est vraiment. (VRAIMENT)

Si les choses le permettent, je voudrais donc accoucher chez moi, avec le père de mon enfant à naître, une sage-femme et une doula. Des lumières tamisées, de la musique douce, la possibilité de déambuler, de m’accroupir, d’être maîtresse de moi, de mon corps, de mes sensations. Je voudrais pouvoir me reposer dans mon lit, manger ma nourriture, adaptée à mon régime, je voudrais aussi, très égoïstement, vivre ce moment rien que pour moi, et sentir que les personnes qui m’accompagnent ne sont là que pour moi. Elles me connaîtront, sauront qui je suis et de quoi j’ai besoin, et n’auront que moi en tête.

Je veux avoir le choix.

Or ce choix, en France, est menacé

Pour la petite histoire, ça fait quelques années déjà (depuis 2010) que la situation est critique, mais l’Ordre des Sages-Femmes prend des mesures punitives depuis le 1e octobre 2013.

Les contrats d’assurance couvrant les AAD (Accouchement A Domicile, ou, pour prendre la mesure que ce n’est pas un acte irréfléchi, « Accouchement Accompagné à Domicile ») ont disparu, puis une compagnie d’assurance a décidé de proposer une couverture au tarif exorbitant, coûtant en gros ce que gagne une SF par an. (le même tarif que pour les obstétriciens, qui pratiquent des actes beaucoup plus risqués que les SF à domicile, puisqu’une naissance à la maison ne peut être envisagée que dans les conditions les plus optimales)

Depuis le 1e octobre, les sages-femmes pratiquant l’AAD ont le « choix » : cesser leur pratique des accouchements à domicile, et rester dans la légalité. Ou continuer, envers et contre tout, sans couverture, en risquant une amende de 45 000 € (corrigez-moi si je me trompe) et la radiation de l’Ordre.

Le risque est trop grand.

Les sages-femmes se voient contraintes d’arrêter leurs pratiques. Depuis quelques semaines, sur le groupe facebook « Mouvement pour l’accouchement à domicile », je lis des témoignages de futures mères désespérées, qui voient leur rêve piétiné à quelques semaines, parfois quelques jours, de la date cruciale. On ne peut pas blâmer les sages-femmes. Elles se préservent, elles se protègent.

Certaines sages-femmes décident de continuer, elles parlent d’entrer « en résistance », elles prennent le risque. Mais on ne peut pas demander à toutes les sages-femmes de prendre ce risque, de payer pour une aberration du système, encore une, oui, je sais…

Du coup dès que je l’ai vue passer, j’ai signé la pétition.

Evidemment.

Très égoïstement. On m’a demandé pourquoi je la signais, j’ai répondu tout bêtement : « je veux avoir ce choix, moi aussi. » Je ne veux pas tirer un trait sur ce rêve, sur ce besoin, avant même d’avoir décidé de devenir mère.

Parce que oui, c’est juste une question de choix. Les études sont légion maintenant : accoucher à la maison, ce n’est pas « comme au temps de nos grands-mères ». Ca ne se fait pas sans réflexion, sans surveillance, sans… Au contraire, ça se fait avec. Avec l’accord d’un personnel médical, avec une sage-femme compétente, avec une maternité à proximité en cas de problème, avec respect et humanité. On ne peut plus dire que c’est dangereux, parce qu’on ne peut plus omettre que c’est une décision réfléchie et raisonnée. Non, la mortalité périnatale avec un AAD n’est pas plus élevée qu’à l’hôpital. Non, l’hôpital n’est pas la panacée pour toutes les femmes.

Certaines femmes en ont besoin. Pour des raisons médicales, pour être rassurées.

Certaines femmes n’en ont pas besoin, et n’en ont pas envie

Pourquoi certaines peuvent avoir le choix, certaines peuvent voir leurs envies se concrétiser, et pas les autres ?

Les études sur la corrélation entre complication des couches et suites de couches à l’hôpital et l’interventionnisme du personnel hospitalier, avec des gestes intrusifs et des protocoles qui ne respectent pas le rythme de l’enfantement sont légions elles-aussi.

Mais personne ne veut le voir.

On préfère parler de risque inconsidéré, de choix extrême, de marginalisation. On préfère laisser Elisabeth Badinter dire que c’est un retour de l’aliénation de la femme. On préfère oublier que des centaines de femmes le veulent en leur âme et conscience.

Alors ça ne vous dit peut-être rien. Vous trouvez peut-être ça trop risqué, peut-être jamais vous n’y penserez pour vous ou pour votre compagne le moment venu. Peut-être ne comptez-vous même pas avoir d’enfants. Peut-être cela vous passe-t-il bien au dessus de la tête. Je le comprends.

Mais au nom de la liberté, qui est trop bravement gravée sur les frontons de nos mairies (j’adore cette phrase, elle est tellement cliché), au nom de l’égalité, des choix, des chances, vous pouvez quand même signer la pétition, au moins. C’est déjà ça. Je ne sais pas dans quelle mesure ça fera bouger les choses, mais je ne serai pas restée les bras croisés.

En sanctionnant les sages-femmes qui pratiquent l’AAD sans couverture, on interdit aux femmes de choisir pour leur corps. On les soumet à l’hypermédicalisation, on les dépossède de leur libre-arbitre.

Qu’on ne vienne pas me dire après, qu’accoucher à domicile est anti-féministe et que c’est une aliénation de la femme.

De ce que je vois, c’est tout le contraire.

LA PETITION

LE GROUPE FACEBOOK

On m’a demandé ce qu’était une doula : c’est une accompagnante à la naissance. Elle n’a pas de compétences médicales, mais accompagne la parturiente humainement et émotionnellement tout au long de sa grossesse, de son accouchement, et des suites de couches. C’est une oreille empathique et bienveillante.

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12 commentaires

  1. J’ai eu mes deux enfants en clinique et cela s’est très bien passé sans complications. Je sais que c’est plutôt rare aujourd’hui de vouloir accoucher à domicile et perso, je n’aurais pas voulu. Mais je pense aussi que chacunE a le droit de choisir où et comment elle veut accoucher, donc j’ai signé, même si cela ne me concerne plus – a priori, 2 enfants me suffisent…

    Et Une cuillère en plastique, qu’est-ce qui ne te plaît pas chez E. Badinter?

  2. Bon c’est ma journée des commentaires, je découvre ton blog si intéressant!

    J’ai accouché chez moi, je crois que je l’aurais très très mal vécu d’accoucher en maternité, tellement mal que je me demande si vraiment mon accouchement se serait bien passé.

    Aujourd’hui le 13 novembre se décide la décision finale qui rendra illégale ou non l’AAD. Le problème c’est que certaines femmes ont tellement vécues l’enfer à l’hosto qu’elles sont prête à faire un ANA (accouchement non accompagné). Comme le disait l’une d’elles sur la pétition « Ce sera avec ou sans sage-femmes. A vous de choisir ».

    Quand je lis le commentaire entre autre d’Angélique avec son bébé qui présentait une anomalie, cela ouvre un autre débat : mais qu’est-ce qu’on attend pour ouvrir des maisons de naissances?! Parce que si on retire le droit à l’AAD, là c’est fini, on n’a plus le choix du tout!

    On ne devrait pas traiter les femmes qui enfantent avec les accidentés de la route, les pb orthopédistes, celles qui avortent et ceux qui vont se faire opérer de la jambe. Moi, quand je vais à l’hôpital, c’est que je suis malade ou bien que je vais mourir. Pas quand je vais y donner la vie, ce qui est parfaitement normal! Il devrait y avoir des maisons de naissance, qui travaillent mains dans la mains avec les hôpitaux. C’est la meilleur solution. Je me demande juste quel est le motif valable pour que la France freine le projet depuis plus de 5 ans maintenant. Il suffit de regarder encore une fois les pays du nord! Ils n’ont pas l’air plus teubé et inconscients que nous?! Bon. Alors non, décidément, je ne vois pas.

    Notre naissance, c’est par là que commence notre vie. Je crois que c’est hyper important. Il suffit de voir comment les gens donnent de l’importance à la façon dont les 1eres minutes de leur journée les influences! Mal commencé sa journée c’est juste chiant, alors mal commencer sa vie imaginez! Arraché à moitié du ventre de votre mère, ausculté pesé lavé habillé emmailloté, le tout avec du bruit, des gants en plastiques, une affreuse lumière blafarde au plafond et un rythme déjà si speed. Non vraiment.Si on me faisait tout le matin, pas sure que je sois gracieuse. En fait, il faudrait tout revoir.

    C’est parce qu’on est en 2013 et qu’on accouche plus au milieu des poules sur un tas de foin qu’on peut objectivement accoucher chez sois. En aucun cas c’est un retour en arrière, c’est une progression car on avait dû cesser de le faire à cause de l’hygiène déplorable.

    Alors juste je croise mes doigts pour que Marisol Touraine soit de nôtre avis. Autrement… et bien c’est de notre devoir de citoyen d’entrer en résistance, conformément à la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen.

  3. Merci beaucoup pour cet article ! J’ai bien entendu signé la pétition même si je suis en Belgique et donc pas concernée concrètement… je le suis néanmoins idéologiquement!

  4. Signé aussi… Je ne veux pas d’enfants, je n’en voudrai peut-être jamais. Mais je veux que les femmes qui prennent cette décision aient tous les choix possibles, comme je le souhaiterais si je voulais enfanter. Par ailleurs, ce que j’ai pu lire sur la déshumanisation des parturientes en milieu hospitalier m’a horrifiée. Le fait que cette déshumanisation, cette infantilisation des femmes soit banalisée et même « forcée », m’horrifie encore davantage.
    De plus ceci n’enlèverait évidemment *rien* aux femmes souhaitant un accouchement médicalisé…

  5. J’ai signe egalement. Je ne veux pas d’enfants, je n’en ai jamais voulu.
    Mais ce qui me permet aujourd’hui de vivre ce choix sereinement, de savoir que je peux effectivement ne pas avoir d’enfants, ce sont les droits de la femme a disposer librement de son corps, en connaissance et reflexion de cause.
    Accoucher chez soi, dans les conditions qu’elle juge les plus propices a l’assister, avec un personnel medical informe et accompagnant, est un droit de la libre disposition de son corps. Ce sont deux faces de ce complexe polygone que sont les droits de la femme.
    Je comprends que certaines femmes comme Angelique existent, et il bien qu’elles fassent entendre leur voix et experiences parce qu’elles construisent et donnent une realite a ces informations a connaitre, ces risques a peser pour pouvoir choisir.
    Mais je pense egalement, comme unejeuneidiote, que tant que le temps n’a pas son oeuvre de sagesse, ces voix sont extremes et si elles s’elevent dans un but noble (sauver le plus de naissances possibles), elles oublient qu’elles violent les droits des autres. Angelique pense-t’elle vraiment qu’elle aurait apprecie la grossesse de sa fille avec la meme joie et la meme serenite si tout au long de cette grossesse des medecins l’avaient mise en cage et forcee a suivre un choix qui n’etait pas sien ?
    J’ose esperer que non.

  6. Très bien développé. :)

    Angélique
    je suis sincèrement désolée des complications que vous avez dû vivre, et très heureuse que tout se soit bien terminé. Je comprends aussi votre positionnement après cette terrible expérience.
    Cependant les risques existent toujours que ce soit à domicile, ou au contraire à cause de la surmédicalisation.
    Pour cette raison, entre autres, je continue moi aussi à penser que nous devons avoir le choix et être accompagnées au mieux. J’ai donc bien sûr signé cette pétition.

  7. Je ne signerai pas… Si j’avais accouché à domicile comme je le voulais auparavant, mon bébé serait mort. Ma grossesse était pourtant qualifiée de normale… Aucune atrésie de l’œsophage n’avait été détecté aux fameuses échographies…ni les autres malformations . Je trouve que ce qui est honteux dans cette histoire, c’est que la déshumanisation des salles d’accouchement nous pousse Vraiment à vouloir accoucher chez nous !!!!!!! Il faudrait urgemment remédier à cet horrible constat!!!! Je suis bien contente que ma petite fille vive actuellement, même au prix d’un accouchement hospitalier ! Les pro AAD qui me disent que son sort était de ne pas vivre m’irritent ! Au diable les femmes ayant des rejetons normaux, elles ne savent pas le trésor que j’ai!
    Angélique

    1. Il y a des pro-AAD qui disent cela ?
      C’est terrible.
      Mais ce n’est certainement pas ce que je pense, ni ce que la majorité penseraient.
      Je trouve dommage que l’idée que votre histoire eût pu avoir un dénouement terrible vous prive de l’envie de vouloir préserver cette liberté pour toutes les autres femmes. Votre histoire ne vous permet pas de prendre du recul et de voir que votre fille est née à l’hôpital et qu’elle est vivante, et que ça ne doit pas empêcher toutes les autres femmes de France à disposer de leur corps comme elles le souhaitent.

  8. J’ai signé !

    Honnêtement, je ne compte pas avoir d’enfant un jour (en tout cas pas aujourd’hui) parce que pour moi c’est « contraire » à ma façon de vivre pleinement ma vie en tant que femme. Mais je respecte les envies de celles qui souhaitent être mères, a fortiori quand la société leur tourne le dos. Que celles qui veulent accoucher à domicile comme elles le veulent puissent continuer à le faire et que les personnes respectant (et accompagnant) leurs choix, en l’occurrence les sages-femmes, ne soient pas PUNIES pour ça.

    (et chère Elisabeth Badinter, tu pues très fort des fesses je te fais des pas-bisous)

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