[VI] L’éducation sexuelle des garçons : coup de gueule

En ce moment, je suis une insurgée. Du genre bien comme il faut. Entre le Manifeste des 343 salauds (ces 19 ploucs…), le Dico des Filles 2014-qui-vient-en-fait-du-Moyen-Âge, et rien qu’hier ma découverte des touchers vaginaux sur des femmes endormies au bloc opératoire, figurez-vous que ça va pas fort et que j’ai mal à ma sécurité sexuelle.

J’avais envie de vous parler de cet article sur LeMonde.fr, qui est censé enjoindre les parents à s’intéresser d’un peu plus près à l’éducation sexuelle de leurs garçons (je dis censé parce que j’ai beau être tout à fait réveillée, j’ai pas trop saisi le véritable but de cet article, à part les citations de James Baldwin que je trouve très percutantes), et puis finalement je suis pas trop d’accord avec ce que dit la nana… Par exemple, elle dit :

Certes il est souhaitable que les garçons aient une connaissance solide de l’anatomie féminine, de la menstruation, de la contraception… Mais qu’en est-il de leurs propres troubles troublants ? L’effet de la montée des hormones n’est pas le même chez le garçon que chez la fille. Qu’est-ce qu’avoir un corps masculin désirant, bandant, frémissant, vulnérable, bouleversé ? Que faire des fantasmes qui tourmentent ? Peut-on se donner soi-même du plaisir hors culpabilité… et hors vulgarité ? Que faire de l’amour, de la jalousie, de l’impuissance, de la dépression post-coïtale ? Que faire des passions et peurs que suscite la sexualité masculine naissante, souvent totalement obsédante ?

Et je suis pas du tout d’accord. Je trouve que parler de l’anatomie féminine, de la menstruation et de la contraception aux jeunes hommes, c’est pas assez. Déjà, mettre la contraception dans la même case que « ces problèmes de filles », c’est un peu passer à côté du fait que la contraception c’est une histoire de couple : les hommes aussi peuvent gérer la contraception, ça fait aussi partie de « leurs troubles troublants », c’est eux qui seront pères s’il y a un défaut de contraception. Ensuite, c’est pas ça l’essentiel.

Ce n’est pas une solide connaissance de l’anatomie féminine et des menstruations qui permettra aux jeunes hommes d’appréhender de manière saine la sexualité avec leur partenaire (féminine ? dommage qu’on ne parle pas non plus de l’homosexualité dans un article qui cite un écrivain gay…). Alors je suis embêtée par cet article, qui commençait pourtant bien :

Grâce à nos médias performants et omniprésents, on reçoit chaque jour d’innombrables messages sauvages primitifs antiques pour ne pas dire préhistoriques : l’homme est un guerrier déchaîné meurtrier musclé violent ; la femme est une chose à décorer, à maquiller, à habiller, à déshabiller, à protéger, à sauver, à frapper et à baiser. Les hommes se rentrent dedans, en politique, en économie, en sport, sur les champs de bataille, les femmes s’occupent indéfiniment d’être belles et/ou maternelles.

Donc oui, il y a un problème. Mais le problème, ce n’est pas qu’on ne parle pas assez aux garçons de ce que ça fait quand ils bandent, et de ce que leur jalousie est un reste archaïque de l’injonction biologique à se reproduire (si si, elle dit ça : « [La] fonction primordiale [de la sexualité] étant la reproduction de l’espèce, elle est très littéralement une question de vie et de mort. D’où la violence parfois extrême de la jalousie sexuelle (surtout masculine). » Pardonnez-moi de trouver ce déterminisme sexuel tout à fait déplacé dans une époque où on ne parle pas de « meurtre conjugal » mais de « crime passionnel » parce que c’est tellement plus romantique et glamour). Le problème avec l’éducation sexuelle des garçons, c’est qu’on n’apprend à personne ce qu’est la base de relations d’humains à humains saines et équilibrées. (à PERSONNE)

On ne parle que rarement de communication, de confiance, de consentement, de respect, et du fait d’être prêt.

Je ne sais pas ce qu’on dit généralement aux garçons. Je n’en suis pas un, et je me doute bien que les parents de garçons qui lisent les Vendredis Intellos en général vont me dire qu’ils font en sorte que leurs garçons n’aient pas une idée déformée de ce qu’est une relation sexuelle équilibrée. (mais c’est un autre sujet : comment, une fois que nous avons ouvert les yeux, on a un peu envie de penser que tous les yeux sont ouverts et on n’a pas envie de se dire qu’au contraire, on fait partie d’une minorité)

Cela dit, je sais ce qu’on dit aux filles : c’est écrit en toutes lettres dans le Dico des Filles.

Du respect avant toute chose !

On peut avoir envie de caresses sans forcément vouloir aller plus loin. L’important c’est de le savoir et de le dire, mais aussi de ne pas laisser le garçon s’embarquer trop loin dans le désir pour dire « stop » au dernier moment. Un garçon ne fonctionne pas comme une fille, et il ne comprendra pas forcément que vous passiez des heures à vous laissez cajoler sur un lit si ce n’est pas pour avoir une relation sexuelle. C’est important de vous faire respecter, mais aussi de faire attention à l’autre !

(petite parenthèse vite fait : est-ce qu’on est automatiquement censé savoir à l’avance qu’à partir de tel moment ça va être « stop » ? NON. On l’apprend sur le tas. Donc on dit « stop » sur le tas. Et un « stop, arrête », c’est jamais égoïste et « ne pas faire attention à l’autre ». Parce que vous comprenez, les garçons et leur désir bestial et incontrôlable. Je ris. Jaune. Nerveusement.)

Enfin bref : voilà. On dit aux filles « respectez-vous, mais pas trop parce que sinon pauvre garçon, il va rester là avec son désir et c’est vraiment pas cool ».

Est-ce qu’on dit aux garçons « respectez-la : si elle dit non, c’est non, c’est pas grave, ça veut pas forcément dire non pour toujours mais c’est important que son non soit respecté, et tant pis pour votre désir, franchement entre dormir sur la béquille et violer une nana c’est quoi le pire ?« 

Est-ce qu’on dit aux garçons que forcer une fille, c’est du viol ? La forcer, ça veut pas dire la tabasser, la droguer, ça veut pas dire qu’elle hurle, qu’elle se débat, ça peut vouloir dire aussi qu’elle baisse les bras après avoir trop dit « non, steuplé, non j’ai pas envie », sans avoir été écoutée. Et céder, ce n’est pas consentir. Mais ça, est-ce qu’on leur explique aux garçons ?

Attention, comprenons-nous bien. Je ne dis pas que tous les jeunes garçons, pleins d’hormones en ébullition, « désirant, bandant, frémissant, vulnérable, bouleversé« , sont des violeurs en puissance.

Je dis juste que la société leur renvoie les mauvais messages. L’article du Monde s’appelle « Le désir des hommes livré à l’industrie du prêt-à-jouir ». D’un côté, je suis tristement OK avec ça.

Nos crânes sont sans cesse bourrés d’idées pourries :

  • « Femme qui rit à moitié dans ton lit » = ah donc il me suffit de rigoler pour donner l’impression que je suis open sexuellement ? intéressant, je pensais juste que ça voulait dire que quelque chose était drôle. Naïve petite chose
  • Elle a une jupe courte = elle est open
  • Elle sort en boîte avec ses copines = elle veut forcément trouver un mec pour coucher ce soir
  • Elle l’a laissé la raccompagner chez elle = elle veut coucher
  • Elle l’a invité à monter boire un dernier verre = elle veut coucher
  • « Sois belle et tais-toi » = une femme ne vit donc que pour satisfaire son entourage. Ici, par sa beauté, mais on peut étendre à tout ce qu’elle est censé représenter : une belle femme, une procréatrice, une mère, un objet sexuel, un trophée
  • « Chez les femmes, parfois, non, ça veut dire oui hihihi continue, parce qu’elles sont un peu manipulatrices quand même » = impossible donc de savoir quand c’est vraiment oui, et quand c’est vraiment non, et là on prend le problème à l’envers, on oublie le principe de précaution, on se dit que « non = oui » quelles que soient les circonstances alors qu’on devrait se dire « dans le doute, non = NON »

Je rédige ça un peu sous le coup de la colère, mais vous voyez l’idée. (pour l’exactitude scientifique on repassera, ça a jamais été mon truc de toute façon)

Donc je sais pas trop quoi retirer de cet article, si ce n’est que NON, le problème n’est PAS qu’on ne parle pas assez des garçons (aux garçons, mais aussi en général). On en parle bien assez. Ils sont partout ! Même dans les livres destinés aux filles, leur approbation est constamment recherchée ! Zut à la fin !

Par contre, les états d’âmes des filles, leurs envies, leur fonctionnement autre que reproductif et physiologique (menstruations et tutti quanti), leurs droits, leurs besoins : on leur en parle pas aux mecs. On se dit que c’est pas nécessaire. Peu importe, tout ce qu’elles veulent c’est plaire aux mecs donc elles feront bien tout ce qui est en leur pouvoir pour y parvenir. Même si ça veut dire « se respecter mais pas trop trop non plus, abusez pas de la patience de Monsieur sinon, sa jalousie sexuelle inhérente à sa condition d’homme de Cro-Magnon en charge de la reproduction de l’espèce vous fera une démonstration de violence parfois extrême« .

Je sais pas si vous avez saisi, mais j’en ai un peu marre.

Ca ne veut pas dire qu’on ne doit pas parler aux garçons de ce qui se passent dans leur corps, de ce qu’ils ressentent, de ce qu’ils expérimentent en tant qu’ados pubères. Mais c’est peut-être aussi à mettre en parallèle avec la réalité, qui est que beaucoup de trop de femmes encore se font violer chaque jour, par des gens qu’elles connaissent et en qui elles ont confiance… notamment, peut-être, parce qu’il faut apprendre pas aux garçons que non, c’est non.

Qu’endormie, c’est non.

Que bourrée, c’est non.

Que sans un « oui, ça me plaît, continue, j’ai envie », c’est non.

PS : j’ai pris ce chemin pour parler de l’article (qui finalement n’a pas grand chose à voir avec ce que je viens de dire, à part les passages que j’ai cité et que j’ai liés directement à mon contenu), parce que dans la liste de lecture des VI, l’article était introduit de cette manière : « Un article du Monde pourappeler les parents à mieux réfléchir l’éducation sexuelle des garçons ». Je m’attendais donc à tout autre chose. Je ne dis pas que l’article est fondamentalement nul, je l’ai lu avec mes lunettes de nana qui veut qu’on parle de consentement et de respect, et ce n’est pas ce que j’ai trouvé. D’où mon coup de gueule. Cela n’engage que moi ;-)

Je répète : je n’ai, en fait, pas critiqué l’article du Monde. Ce que j’avais à dire et que vous venez de lire, je l’avais sur le coeur depuis des lustres, et ma lecture de l’article, qui m’a déconcertée parce que je m’attendais à totalement autre chose, m’a donné l’impulsion pour écrire ce billet. Phypa a écrit un bien meilleur commentaire de l’article en lui-même, je vous invite chaleureusement à venir le lire ici.

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19 commentaires

  1. Un peu excessif cet article je trouve.. maintenant je dis peut-être ça parce que je n’ai jamais eu de problème dans ma vie personnel vis a vis de ca. C’est plus facile de ne pas prendre les choses auxquelles on n’a jamais été confronté au sérieux.
    Quoiqu’il en soit je suis la greluche qui un « non hihihi » quand en fait je pense oui. Et ça n’a rien à voir avec le fait de pas vouloir passer pour une fille facile…Je peux dire « non » alors que mes gestes expriment tres clairement « oui, tout de suite » Ca fait juste partie du jeu en fait.
    Apres avec mon chéri c’est plus facile parce qu’on se connait. Il sait quels « non » veulent dire « oui » et quels « non » veulent dire « non ». Et au pire, s’il y a une mauvaise interpretation je peux toujours rectifier le tir « stop, la c’était un vrai non » ou « en fait continue ».
    J’ai aussi eu le cas du mec qui m’a dit « hum non pas le premier soir » et qui a tres vite changé d’avis quand j’ai fait la sourde oreille.. pour autant j’ai pas l’impression de l’avoir forcé a quoi que ce soit… mais peut etre que si on ne m’avait pas rabaché depuis la naissance (ou presque) que les mecs ne veulent qu’une chose : baiser… je me serais rendue compte plus vite qu’ils peuvent aussi ne pas avoir envie… et j’aurais peut-etre prise plus au sérieux son « non ». Je ne sais pas.
    Comme quoi la culture du « non = oui » existe dans les 2 sens… (Ou alors il disait juste non pour faire son gentleman et pas que je puisse lui reprocher quoi que ce soit.)

    Sinon… même si l’article du Dico des filles part du principe « les mecs veulent tous baiser » et « les filles sont des petites choses fragiles et attendent le bon moment ». (ce qui est completement con soit dit en passant) je le trouve cohérent. Si on suit ce principe, ce qui en découle est logique : comme ces messieurs ne pensent qu’au sexe, faudrait voir à pas trop leur donner de faux espoirs parce que si on change d’avis au dernier moment ils risquent de voir rouge et.. de nous forcer quand même. En soi, c’est un bonne chose, apprendre aux filles a se proteger contre les reactions un peu virulentes pour eviter les problemes.

    Je ne suis pas d’accord avec ce que tu dis « se respecter mais pas trop trop non plus » : c’est une question de respect mutuel. Si la fille ne veut pas, il faut respecter cela, mais n’empeche que pour moi rester dans un lit a envoyer tous les signaux du « oui » pour finalement dire « non » c’est un peu se foutre de la gueule du mec quand meme. Ca ne veut pas dire qu’il aura raison d’insister/forcer (il n’y a AUCUNE RAISON VALABLE pour cela) mais je trouve que la, c’est le mec qui s’est fait manquer de respect.

    Du coup, je serais d’accord avec cet article, si et seulement si la meme chose est écrite dans le Dico des garcons (et je n’en ai aucune idée): attendre d’etre pret, et ne pas envoyer bouler la demoiselle au dernier moment! Si un charmant damoiseau me faisait le coup du changement d’avis a la derniere minute, je me sentirais… indésirable et moche et nulle et vexée a mort et extremement blessée.

    Parce qu’au final.. les mecs ne sont pas des obsedés sexuels et les filles ne sont pas des prudes!! (enfin pas tous et pas toutes)

    Mais sinon (evidemment) je suis absolument d’accord avec sur ce que tu dis sur le fait de sensibiliser les garcons a « forcer c’est du viol » et « ceder n’est pas consentir ». Il y a beaucoup trop de filles qui subissent cela… même si je m’evertue a défendre les garcons dans ce que je dis (faut croire que j’ai pas connu de connards sinon je défendrais pas le sexe masculin comme ca! ^^)

    Bref EN TOUT CAS je tenais a dire que je viens de découvrir ton blog et que j’aime beaucoup beaucoup!!
    Je suis a peu pres sure que tu ne seras pas d’accord avec tout ce que je dis, mais si tu veux en débattre ça m’interesse :)

  2. C’est difficile l’éducation sexuelle, et il ne faut surtout pas compter sur l’école pour cela (à part pour l’aspect « technique de la chose »). Mais sinon pour éduquer les jeunes à une vraie relation mutuelle basé sur le respect (et la recherche du plaisir commun) je pense que cela revient à la sphère parentale (mais tous les parents en sont-ils capables?).
    Je me suis senti con sur une ligne de ton article « quand elle est bourrée c’est non! ». Perso j’ai rencontré ma copine on était tous les 2 bien « déchirés » et on l’a fait (c’était pas terrible forcément) mais je ne pense pas l’avoir forcé en rien, et sans cette nuit on ne se serait probablement pas mis ensemble, aujourd’hui ça fait plus d’un an et c’est plutot une belle histoire!

    1. J’ai bien dit quand « elle » est bourrée, par là j’entends « quand elle est tellement bourrée qu’elle ne sait pas articuler, ni bouger correctement, voire qu’elle est inconsciente » alors que toi tu es sobre ou presque sobre, par exemple ;) moi aussi j’ai déjà fait du sexe complètement déchirée, et c’était un bon moment aussi, faut juste que ce soit équitable comme situation ^^

  3. Et si j’avais été une fille ? Sans doute aurais-je connu les mêmes affres que les vôtres. Comment approcher les garçons sans avoir nécessairement à leur céder ? Comment leur faire comprendre que non, décidément non, ça n’ira pas plus loin, même quand on est déjà allée trop loin ? Mais moi, je suis un garçon – enfin, je l’étais, je suis un homme d’âge mûr – et pour le garçon que j’étais, l’angoisse, quand il est seul, c’est de le rester. L’angoisse, chaque samedi, c’est de sortir et de rentrer seul. Alors, dès qu’il y a une ouverture, comme dit Michel Blanc dans les bronzés, il fonce. Et en effet, il faudra en faire beaucoup pour qu’il renonce. Après tout est affaire d’éducation et de pathologie chez le garçon ; de conviction et, aussi, de pathologie chez la fille. Dans « éducation » j’entends tout ce qui peut induire un sentiment de supériorité du mâle sur la femelle que cela ressorte de la culture, de la religion ou, dernier avatar des temps modernes, de la pornographie qui inscrit ses référents dans l’esprit des jeunes et des plus jeunes ( des liens s’échangent dès las classes primaires). Par pathologie, j’entends ce qui amène les mâles à ne plus faire preuve de la moindre empathie à l’égard des femmes dès lors que l’assouvissement de leur désir est en cause ; du côté des femmes, la pathologie consiste à se soumettre, comme par nature, au désir des hommes et à accepter ce qui, pour elles, est inacceptable.
    Tout cela pour dire que je comprends votre inquiétude. En tant qu’homme, j’en ai une autre : celle de savoir ce que peut encore être un homme dans un monde qui n’a plus besoin de lui, un monde sans guerre et sans Histoire, un monde qui, demain, pourrait se passer de la différence des sexes et donc de sexualité.

    1. Je ne sais que dire devant tant de Male Tears.
      L’angoisse de rester seul qui justifie qu’il faille « faire beaucoup » pour qu’un pauvre homme frustré renonce. Renonce à quoi d’ailleurs, vu que rien ne lui est jamais dû. Faudrait pas voir à l’oublier.
      Cette sombre histoire de pathologie et de conviction… dire qu’un comportement sexiste relève de la pathologie = se dédouanner, « ils sont malades, je vais très bien, cépamoi célézotre », quant au fait que la femme se soumet au désir des hommes, désolée de dire que ce n’est pas de la pathologie mais une manière de se protéger et de survivre dans beaucoup de cas.
      Mais alors vous ne m’avez pas expliqué ce que seraient ces « convictions » féminines ? on nage en plein délire.
      Mention spéciale pour ceci :

      Tout cela pour dire que je comprends votre inquiétude. En tant qu’homme, j’en ai une autre : celle de savoir ce que peut encore être un homme dans un monde qui n’a plus besoin de lui, un monde sans guerre et sans Histoire, un monde qui, demain, pourrait se passer de la différence des sexes et donc de sexualité.

      Je suis sûre que les Syrien·nes sont ravies de savoir qu’il n’y a plus de guerre.
      La tragique histoire de l’homme persécuté à qui on vole sa virilité, pas chez moi, merci.

    2. Je tombe quelques mois plus tard sur ce « post » et constate que mes préoccupations sont partagées de l’autre côté de l’atlantique. Je ne parle bien évidemment pas des vôtres, monsieur, ou de celles d’Éric Zemmour, préoccupé à faire la chronique de la mort annoncée de l’homme par l’absurde télévisuelle (plus absurde la vie, oui, à se taper les sophismes de cet énergumène), mais de celles de femmes comme cette jeune idiote, qui, en réfléchissant sur leur condition genrée, vous permettent à vous de vous libérer de la vôtre. Car si notre société change grâce aux femmes et aux hommes qui défendent l’égalité (horreur!!), dites-vous que, grâce à ces suppôts du respect de votre chère devise républicaine, elle vous laisse désormais le choix de votre destin. Vous n’avez plus besoin de prouver quoi que ce de votre goût du sang ou de votre valeur Historique. N’est-ce pas merveilleux? Parce que, faut-il l’affirmer encore, les hommes ont beaucoup plus à proposer que leurs muscles… Je suis désolée que l’estime que vous vous portez ne vous le fasse pas voir.

  4. Bonjour, je viens de lire votre article par hasard, et notamment les commentaires. Je tiens juste à ajouter que la stratégie du « non c’est oui » est également un classique de la séduction masculine. Il s’agit simplement du principe (pas forcément général, mais souvent pensé comme tel) qui stipule que « ce qui est interdit est désirable »: une fille te plaît (mais ça peut aussi être un garçon, d’après des amis gays), tu sembles lui plaire, elle te teste (de façon implicite), tu dis non, elle revient à la charge (de façon explicite). Cela permet d’éviter de passer pour un « mort de faim ». Rien de mathématique là dedans, il s’agit plus d’un art que d’une science, comme toujours dans les relations humaines. La vision purement contractuelle où les deux partenaires se diraient oui comme on scellerait un pacte avant d’aller plus loin ne fonctionne pas dans la vraie vie, et les garçons (un peu subtils) s’en rendent vite compte. Je pense que cela peut avoir un effet contre-productif à l’adolescence, où l’on cherche surtout des vérités absolues. Au lieu d’apprendre des slogans, il vaudrait mieux nous (filles et garçons) apprendre la subtilité, la nécessaire ambiguïté des rapports humains et le principe de précaution (si elle dit non, ça peut dire oui, mais pas tout le temps).

    1. Euh je suis désolée mais j’ai pas tout compris…
      « Ce qui est interdit est désirable » ?
      « La vision purement contractuelle où les deux partenaires se diraient oui comme on scellerait un pacte […] ne fonctionne pas dans la vraie vie » ?
      « Au lieu d’apprendre des slogans » ????
      Pas compris.

      Sinon que pour moi, le principe de précaution, c’est que si elle dit non, peu importe qu’elle veuille en fait dire oui, c’est « stop » et c’est tout. Et si elle voulait dire oui elle pourra bien revenir à la charge elle-même.

  5. Oh merci pour cet article. Tu fais écho à certains de mes malaises du moment. Sauf que moi ça me fait mal au ventre, ça me torture, ça sort pas… Donc c’est super que tu arrives à exprimer tout ça, intelligemment qui plus est ;).
    L’article sur le dico des filles m’avaient mené à la culture du viol…
    http://www.crepegeorgette.com/2013/03/20/comprendre-la-culture-du-viol/
    http://lesquestionscomposent.fr/les-violeurs/
    http://dikecourrier.wordpress.com/2013/08/24/mon-violeur-est-un-jeune-homme-de-26-ans/
    oh mon Dieu, j’ai eu envie de vomir.

    Hier une dame qui a presque l’âge de ma maman m’évoquait le « non qui veut parfois dire oui, faut dire », eh bien… il n’a qu’à entendre non ! une fille frustrée vaut mieux qu’une fille violée.
    Mais aussi, pourquoi filles disent parfois non pour dire oui ? ça m’est arrivé autrefois…! qu’est-ce qui me passait par la tête ?
    ah ben oui, c’est parce que ça fait mieux une fille qui résiste, au moins c’est pas une fille facile, elle est vertueuse.
    Encore récemment, j’ai vu un film tranquillou « Il ne faut jurer de rien ». Valentin est un débauché, son oncle veut le marier avec Cécile, Valentin parie que la fille n’est pas sérieuse, comme toutes les autres, et qu’il la mettra dans son lit sous couvert d’un pseudonyme. Mais elle lui résiste et donc elle devient intéressante. Et puis bien sûr, tout fini bien, ils sont amoureux et vont se marier.
    Si elle avait crié « prends-moi grand fou! », Valentin l’aurait baisée tranquille et elle aurait été sans intérêt.
    C’est un classique.
    Alors voilà, parfois on dit non, même si on voudrait dire oui. « Oui », ça ne colle pas avec le rôle de la fille. C’est le garçon qui est bandant, désirant, frémissant.
    On oublie que la fille aussi, elle désire, frémit, « mouille » (et même ça bande, le clito gonfle avec l’afflux sanguin).
    On pourrait lui donner le droit de désirer et de dire oui. Elle n’aurait plus à dire non.
    Si on accepte le désir féminin, on sort de la conquête, de la domination.
    La question est de savoir si le désir est partagé, et plus de savoir comment faire céder…

    Et puis, ça m’est aussi arrivé de dire « non qui veut dire non », et de céder… parce que ce serait plus vite fini, plus vite réglé. Et de me sentir violée et de culpabiliser… parce que je n’ai pas hurlé, que je ne me suis pas débattue.
    C’est au moins le point positif dans ces lectures qui m’ont tordu les boyaux… Effectivement, céder ce n’est pas consentir. Je suis heureuse de l’apprendre.

    1. Eh oui, c’est pas un mythe, la fille qui dit non et qui veut en faire dire oui. Ton analyse de ce comportement est si juste ! Je suis tout à fait d’accord avec toi : dire oui trop vite, c’est être une fille facile, et ça qu’est-ce que c’est dégradant…
      Une fille qui dit non, et le mec qui s’arrête, c’est aussi peut-être justement le moyen pour cette fille de se rendre compte qu’elle est en confiance, avec quelqu’un qui la respecte, et si pour cette fois, c’est raté et elle est frustrée, ça veut aussi dire que la prochaine fois, elle saura qu’elle peut dire oui, et qu’on ne la jugera pas pour ça…
      Je me rends compte que j’ai tellement de chance sur ce point-là, que j’ai toujours pu dire non quand c’était non, et un vrai OUI, plein de consentement, quand j’avais vraiment envie. Et j’ai vraiment mal au coeur quand j’entends des filles brider leurs désirs, leur sexualité, leur plaisir, parce que ça fait mauvais genre…

      1. Tu te rends compte qu’on dit qu’on a « eu de la chance » de pouvoir dire non et choisir? On ne devrait pas avoir de la « chance », ça devrait être normal. Mais on en est loin.
        J’ai toujours pu dire non (j’ai jamais eu à le faire en fait) parce que ma mère m’avait appris à dire non quand je ne voulais pas faire quelque chose. Namour n’insiste jamais (par contre, moi oui… donc je vais peut-être arrêter et respecter son « non » à lui).

        1. Oui, ça devrait pas être une chance, ça devrait être normal… mais j’ai l’impression qu’on est conditionnées pour considérer que c’est une chance.
          Je n’ai qu’une seule relation « sexualisable » avant Monsieur Chéri, et la norme dans cette relation (et que je voyais PARTOUT !) c’était que :
          – c’était normal qu’il veuille coucher avec moi
          – que l’ « appétit viendrait en mangeant », donc fallait que j’y passe hein
          – que puisqu’on sortait ensemble, et que c’était « officiel », et qu’on adultes, je lui « devais » de coucher avec lui
          Je ne l’ai pas fait, ce qui est sûrement pourquoi notre relation a pris fin, mais c’était tendu comme histoire…
          Quand j’ai rencontré Monsieur Chéri et que je lui ai demandé, en toute candeur « Tu veux bien rester dormir avec moi ? », j’ai été soulagée de sentir qu’il acceptait de DORMIR avec moi et n’attendait rien d’autre de moi.

          Sans compter le fait que parfois, on se retrouve avec du désir (le corps humain, hein, c’est pas que les hommes qui ont un corps qui réagit aux stimulis sans forcément qu’ils le veuillent) mais pas POUR la personne. Juste du désir sexuel.
          Et c’est vraiment, vraiment difficile de pas culpabiliser de pas vouloir passer à l’acte du coup. Incompréhensible quoi.

          1. Mais là-dessus, les hommes aussi sont conditionnés : « c’est normal qu’ils aient envie de baiser tout ce qui passe », ça leur rentre dans le crâne. Ils n’imaginent que eux aussi pourraient avoir besoin d’un contexte adéquat, de se sentir bien avec l’autre, voire amoureux, etc. Ceux qui se débarrassent de toutes ces influences (re)découvrent tout cela.

  6. C’est vrai que les hommes n’ont pas forcément conscience qu’ils forcent une femme. J’en ai récemment parlé à mon mari en lui disant que certains soirs je n’avais pas envie et je me forçais pour lui faire plaisir et il a réagit violemment en me disant qu’il « ne m’avait jamais violée tout de même! » Non… mais caresser une femme qui dit non jusqu’à ce qu’elle cède, ce n’est pas anodin.

    1. C’est très vrai.
      C’est possible qu’on n’aie pas envie au début, et puis que le désir vienne (du coup, oui, la ligne est fine et fragile), mais pour l’expérimenter dans mon propre couple, quand l’un de nous dit non, eh ben on force pas. Et en général, le désir vient tout seul, sans stimulation de l’autre – donc ce n’est plus céder, mais juste changer d’avis. (c’est clair ce que je dis ?)
      En gros quand c’est non, c’est non. Et seule la personne qui dit non a le pouvoir de savoir si elle cède ou si elle change d’avis, et en général (enfin moi je marche comme ça), je change vraiment pas d’avis quand on insiste encore et encore.

  7. J’ai vu des extraits du dico des filles…une horreur…en plus, édité par une maison à tendance catholique…ça me rend déjà malade d’imaginer le nombre de gamine qui vont recevoir ce bouquin…

  8. C’est pour ça que je trouve cela idiot d’écrire un dico pour les filles et un pour les garçons. Ils doivent apprendre à connaître leur propre sexe et celui de l’autre. (Tu verrais ce que j’entends dans les cours du collège et du lycée. J’en avais d’ailleurs fait un billet).
    Ma mère nous a éduqués de la même manière, filles et garçons (on est 2 gars et 2 filles), elle nous a parlé d’amour, de respect, de confiance, de sexualité. Mes frères aidaient à la maison (cuisine, ménage, repassage), comme nous (d’ailleurs, quand ils pliaient le linge et qu’il y avait des soutien-gorge, ils ont rapidement appris à les plier sans sourciller, comme nous quand on pliait leurs caleçons). Jamais mes frères ne disent à mon neveu ou ma nièce : non, ça c’est pour les filles ou les garçons. Une fille et un garçon, c’est pareil : un être qu’on doit éduquer dans le respect de l’autre. Quand on dit non, c’est non, que ce soit une femme ou un homme!

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