Parler de soi

Le rapport que nous entretenons avec nous-même est souvent biaisé par une injonction implicite que nous avons, pour beaucoup, très bien intégrée. « Je » doit se taire. Parler de soi, penser à soi, faire des choses pour soi, c’est généralement vu comme de l’égoïsme. Que nous dit le dictionnaire ? 

L’égoïsme est un trait de caractère, l’attitude d’une personne dont les actions ou les idées sont uniquement orientées par ses propres intérêts, sans prendre en compte les nécessités d’autrui.

Facile alors de tomber dans l’excès, on comprend mieux pourquoi dès qu’on parle de soi, qu’on pense à soi, qu’on fait des choses pour soi, c’est interprétable comme de l’égoïsme. Le monde nous enjoint à oublier que « Je » existe, et qu’il a besoin d’espace pour être. Il est possible de se laisser être, sans prendre toute la place.

Notamment parce qu’en ne prenant pas en compte nos propres intérêts, nous courons le risque de ne pas combler nos besoins fondamentaux. Comment, alors, prendre en compte les nécessités des autres ? Mais quel rapport avec le jugement ?

Séparateur

Bon, allez j’avoue. J’avais très envie aujourd’hui de vous parler du message « Je ». Je l’ai partagé dans le courant du mois sur la page Facebook du blog, avec dans la tête l’idée d’approfondir la question. Le message « Je » est une base de la communication non-violente : on y parle de soi, en expliquant notre émotion, notre besoin… bref, ça paraît bien égoïste, n’est-ce pas ? Eh bien c’est tout le contraire.

Parce qu’en parlant de soi, on s’évite de poser un jugement sur l’autre.

Message je

Le truc assez génial avec le message « Je », c’est qu’on peut vraiment l’utiliser à toutes les sauces, en le tronquant si besoin.

Reprenons notre parent épuisé qui hurle sur son enfant dans le métro, et qui a fait couler beaucoup d’encre.

Quand je vois ce parent crier très fort, Je suis en colère/révoltée/triste/peinée pour le petit enfant.

Et voilà. Pas forcément la peine d’énoncer son besoin, et d’attendre une réparation (venant d’un inconnu, qui est déjà en difficulté, ça me semble plus utopiste que je ne le suis…), mais voilà qui permet de parler de soi, et donc de ne pas poser de jugement hâtif sur quelqu’un qu’on ne connaît pas, dont on ne sait rien, et de qui on n’a pas forcément prévu de changer la vie ni la vision des choses.

(Parce que ce n’est pas « mal » non plus, en soi, de ne pas parvenir à intervenir. Cela ne fait pas de nous des lâches ou des incapables. Juste des êtres humains, qui avons déjà nos propres problèmes, nos propres interrogations, et nos propres peurs. Nous ne pouvons pas être des super-héros à temps plein !)

Séparateur

Le message « Je » peut servir dans quasiment toutes les circonstances : pour discuter d’une situation qui nous gêne, nous dérange ou nous blesse (avec nos enfants, nos conjoints, nos amis, nos parents, nos collègues…), ou pour partager notre bonheur, sans poser les fameuses étiquettes dont nous parlions il y a deux semaines et en montrant à l’autre combien nous sommes touchés par ce qu’il·elle a fait.

Quand je vois que tu as rangé tes affaires, Je suis très contente, Parce quej’avais besoin que tu t’en occupes pendant que je rangeais le reste de la maison, De façon à ce que nous ayons ensuite du temps à deux pour faire quelque chose de plaisant.

Ce serait dommage de s’en priver, non ?

Séparateur

Prendre soin de soi

C’est important. Il est vital pour chacun d’avoir la possibilité de penser à soi, et de se chérir soi-même. Un temps pour faire ce qui nous plaît, rien qu’à nous. Un temps qui n’est pas dédié à rendre service aux autres, à remplir leurs besoins, à leur faire plaisir — surtout pas un temps pour faire quelque chose de productif et d’utile, non ! Un temps pour nous. Pour moi, c’est par exemple me poser, et colorier un mandala. Cela me permet de faire le vide, d’évacuer les tensions, et de laisser libre cours à ma créativité. Je fais quelque chose qui me plaît, et je suis ensuite plus sereine.

Et devinez quoi ? Je suis également disponible ! Pour les autres, cette fois ! Quand j’ai pris soin de moi, en remplissant mes besoins fondamentaux (sommeil, nourriture, sécurité matérielle et affective), je peux m’occuper des besoins des autres, et même leur faire plaisir. Vous avez sûrement déjà dû remarquer qu’il est vraiment difficile de faire plaisir à quelqu’un quand soi-même, on est fatigué, malade, qu’on a faim, ou qu’on se sent déprimé.

Parfois, la liste de nos besoins non-remplis s’allonge, s’allonge… par sens du devoir (maternel, conjugal, amical), on s’impose de s’occuper des autres sans faire attention à soi. On n’en a d’ailleurs pas toujours le droit. Que les mamans au foyer qui se sont entendues dire « Comment ça, tu es fatiguée ? Mais tu passes ta journée à la maison, tu es tranquille, je travaille, moi ! » lèvent la main ! Mais si on pense pouvoir endurer tout ça indéfiniment, on ne fait que remplir la cocotte avec de la vapeur brûlante, et un jour le couvercle saute : c’est le burn-out. Quand la pression est trop forte, on explose : ce qu’on pensait pouvoir combattre et repousser — la fatigue, le stress, le manque de considération, de gratitude, d’affection — nous retombe dessus et c’est l’épuisement.

Une manière efficace de lutter contre le burn-out, c’est de prendre soin de soi ! S’occuper des autres, c’est bien. Mais pour ça il faut être soi-même bien dans ses baskets.

Cet article est un peu plus rapide que ce que j’aurais aimé vous proposer… je vis de grands changements dans ma vie actuellement. Le karma veut que je sois chamboulée dans tous les sens. Je réfléchis déjà à quel thème aborder le mois prochain (je suis évidemment ouverte à toutes les propositions), à comment remplir la newsletter… en tout cas, un déjà grand merci pour votre participation ici-bas, et sachez que si je ne réponds pas à vos mails, c’est à mon bien grand regret : vous me donnez beaucoup, et j’ai si peu de temps pour vous répondre correctement que je préfère m’abstenir.

Prenez soin de vous et des vôtres !

Séparateur

Ressources :

  • Internet : La méthode Gordon (de Thomas Gordon, auteur de « Parents efficaces« ) propose une manière non-violente d’appréhender la relation à l’enfant. Mais ça peut s’appliquer à tous, yes !
  • Livre : Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) est un livre de Marshall Rosenberg. Une introduction à la communication non-violente, que vous pouvez m’offrir pour Noël si l’envie vous prend…
  • Internet : Le syndrome de l’épuisement professionnel (burn out syndrome) expliqué par Wikipédia, qui s’applique aussi très bien aux parents en charge d’enfants en bas-âge, par exemple
Publicités

Qu'en dis-tu ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s