Une journée presque normale

Le réveil a été dur. J’ai ouvert les yeux à 7h, transie de froid, le chauffage s’était éteint dans la nuit. J’étais encore fatiguée, alors je l’ai rallumé, et je me suis rendormie. Grossière erreur. A 9h j’avais perdu toute énergie, tout dynamisme, et j’ai dû me faire violence pour me lever pour de bon, cette fois. Pour avancer. Un pied devant l’autre. Checker Twitter, Facebook, me reconnecter. J’ai regardé ma liste de choses à faire, et j’ai trouvé ça atrocement long, infaisable, insurmontable. Mais j’avais passé un pacte avec moi-même, alors je me suis activée.

Un pied devant l’autre. Un petit déj vite fait, me souvenir que je n’ai plus de jus d’orange, mais des oranges, des vraies, à éplucher et tout et tout, et à mâcher, surtout. Ranger vite fait, mais pas trop. J’ai mis une machine en route, et j’ai coché la case n°2 de cette liste dont vous ririez si vous la voyiez. J’ai soufflé un peu. C’est pas sorcier, finalement. J’ai passé ce coup de fil qui m’angoissait. J’ai un entretien pour un emploi déclaré qui m’assurera un revenu mensuel fixe le 31 mars. Et puis la surprise : j’ai reçu mes emballages, qui ne devaient arriver que demain, normalement. Alors j’ai un peu tout laissé tomber et j’ai déballé comme une gamine, j’ai monté une boîte, j’ai vérifié que mes produits rentraient dedans, c’était parfait. Il y a eu un rayon de soleil, j’écoutais une chanson du printemps, j’ai décidé que ce serait une belle journée.

J’ai pris une douche. Ca a l’air de rien, comme ça, mais certains jours c’est difficile, de prendre une douche. Je me dis « à quoi bon, je sors pas, je vois personne, de toute façon ». Je me traîne toute la journée en jogging, je reste avachie sur le canapé, et je m’embourbe dans cette inertie qui me tue. Aujourd’hui, j’ai pris une douche. Je me suis habillée, j’ai mis mon jean fétiche tout niqué mais si confortable, ma chemise d’artiste. Et je me suis mise au travail. Il était 10h.

Un pied devant l’autre. Un trait après l’autre. J’ai mesuré, dessiné, repris, corrigé, pris en photo, vérifié, recommencé. J’ai ajouté un motif ça et là, et avant que je m’en rende compte  il était 13h. J’avais fini, alors j’ai pris ma pause. Je me suis fait griller du pain complet, j’ai coupé un avocat et une tomate, des tranches de feta, et je me suis fait mon déjeuner à la grecque comme j’en suis fan depuis une semaine. D’ailleurs je n’ai que ça dans mes placards. Avec des oranges.  Et puis j’ai eu fini, et je me suis demandé quoi faire, bon dieu, quoi faire ?

Alors j’ai repris mon travail. A 13h30 j’avais débarrassé mon poste de travail des miettes de pain et j’avais repris mes feutres pour recommencer, et ainsi constituer le premier lot destiné à la vente. J’ai vernis le tout, et je suis passée à la décoration de l’emballage. Quand j’ai eu tout fini, quand j’ai eu rangé mon atelier, il était 18h.

Un pied devant l’autre, j’ai travaillé de 10h à 18h sans sourciller, moi qui sors d’une année « sabbatique » plus oisive qu’autre chose. Moi qui ai du mal à me concentrer plus d’un quart d’heure, pour peu que la tache m’ennuie rien qu’un peu. Moi qui ai abandonné mes études, puis fait semblant de reprendre un truc par correspondance que j’ai abandonné à nouveau. Moi qui ai passé des mois à me demander ce que je ferais de mes dix doigts, sans diplôme autre que le bac, sans qualifications, et surtout : sans envie.

J’ai fait presque une journée normale. J’ai vécu une journée normale de personne normale, qui irait étudier ou bosser, et reviendrait pour s’occuper de son chez-soi avant de se poser dans le canapé pour profiter de sa soirée, avec cet avantage non-négligeable que j’ai pu avoir mes pieds dans mes chaussons et mes tasses de thé à volonté. A 18h, j’ai rangé mon atelier et j’ai pendu ma machine. Puis j’ai déplacé mon PC de l’atelier jusqu’au salon, et je suis allée faire la vaisselle. Je me suis fait une tisane, j’ai mangé une galette, et je me suis posée dans le canapé. Que je n’avais pas touché depuis hier soir. J’ai eu l’impression de le mériter. J’ai eu l’impression d’avoir fait quelque chose de grand, là. Et finalement pourquoi pas ? Certains grimpent l’Himalaya. Moi, avec mes petits moyens et mon bagage pas facile, aujourd’hui, je me suis lavée et j’ai travaillé. Comme une grande. Seule. Sans personne pour vérifier mon travail au dessus de mon épaule.

J’ai l’impression d’avoir fait un pas de géante, d’avoir réussi un truc de dingue, d’être une héroïne. D’avoir vaincu quelque chose – mais quoi ? – par la force de ma volonté, par mon envie d’accomplir quelque chose, ce petit quelque chose qui me tient tant à coeur. Alors c’est pas grand chose, non. Juste un pied, devant l’autre. Toute la journée, de 10h à 18h. Mais pour toutes ces journées où mes deux pieds sont restés bien parallèles sans jamais bouger, pendant que je m’abrutissais de séries en bouffant des petits pains sans m’arrêter, peut-être que cette journée veut dire quelque chose.

à venir… :3

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13 commentaires

  1. Je me reconnais tellement dans ton résumé de ta journée… Quasiment comme un miroir des jours ou je trouve le courage de noter mes petits echecs et mes grandes reussites dans un journal intime (ou pas d’ailleurs…) Celui que j’ai abandonné 100 fois les jours ou moi aussi mes pieds sont restés desespérement paralleles, et repris aussi sec à chaque fois qu’un rayon de soleil brillait un peu fort ou que j’avais reussi l’exploit de terminer un devoir, faire 3 repas et répondre a mon courrier en retard dans la même journée.

    Et effectivement, ça me donne envie que demain soit un de ces jours. Que chaque jour soit de ceux là, en fait… On n’y arrive pas tout le temps, c’est sûr; mais tant que l’envie est là, alors c’est qu’on est sur la bonne voie je crois :)

  2. Moi ces jours là, j’aimerais qu’on me souhaite d’être heureuse de/dans ce que je vis, d’avoir du courage, qu’on m’envoie de l’amour. Tout ça je te l’envoie. #LeToutCestDavancer

  3. Hé bien moi je dis que c’est le 1er pas qui compte !!! Le plus dur est de se mettre en mouvement ;) Tu as enclenché une dynamique, bravo !
    A chacun son everest .
    « Le vent se lève, il faut tenter de vivre » disait Paul Valéry.

  4. Waouh… Je comprends carrément…
    L’année passée burn out… puis surinvestissement dans une relation destructrice… puis fuir la relation. J’ai l’impression d’être un champ de ruines… à rénover!
    Mes objectifs quotidiens sont : faire à manger et faire la vaisselle… et ils ne sont pas toujours atteints. J’ai tenté de rajouter un peu d’activité, yoga, vélo, jardin… mais j’ai un quota d’1h30… après je m’écroule.
    Il y a une lecture qui m’a marquée récemment : « et je ne suis jamais allé à l’école » d’André Stern. Son idée centrale c’est que l’enthousiasme est la clef de l’apprentissage, quel qu’il soit. J’aspire à retrouver cet enthousiasme.
    Merci de partager ta journée, « un pied devant l’autre » (après tout, c’est « la meilleure façon de marcher » :D). Et je te souhaite que les prochaines journées soient aussi satisfaisantes.

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