La misogynie tue

J’ai l’impression qu’il faut que je parle des événements récents ici, je sens que c’est nécessaire, et pourtant je ne sais pas par où commencer. Depuis mercredi, je me prends en plein fouet la triste réalité : c’est pas demain la veille qu’il fera bon être une femme en ce monde. Ca sonne drama queen et tout, mais c’est comme ça que je le perçois, ça reste assez confus mais si je n’en parle pas maintenant, il sera trop tard et tout le monde aura oublié. On oublie vite, quand ça nous arrange…

Vendredi 23 mai, Elliot Rodger a tué six personnes près de Santa Barbara. Je lis partout des articles qui parlent de qui il est : le fils d’un assistant-réalisateur sur le tournage de Hunger Games. De ses troubles mentaux : il souffrait d’une forme aiguë du syndrome d’Asperger, « ce qui rend très difficiles les relations sociales ». On dit de lui qu’il est un « jeune vierge en guerre contre les femmes ». C’est bien, c’est tellement lisse, tellement facile. Avec cette approche totalement biaisée, je vois les gens commenter : « mais tous les hommes sont pas comme ça, heureusement ! lui il était malade mental ! » d’un côté, et « en même temps je comprends, ça doit être frustrant de pas avoir de meuf et de pas pouvoir baiser ».

A part dans le milieu féministe que je fréquente, je n’ai pas lu d’article qui dénonce l’acte profondément misogyne de cet homme, qui explique que non, être rejeté par les femmes n’est pas une excuse, une justification, une explication correcte, pour assassiner 6 personnes, et pour tenir le discours que tenait Elliot Rodger. Je suis sidérée qu’on passe à côté de ça, et sidérée qu’on ne modère pas ces commentaires effarant de violence, profondément misogynes, que je lis partout.

Et puis la réalité me rattrape. On vit dans une société patriarcale et profondément misogyne. Il est OK de faire des « blagues » à caractère sexuelles sur la petite secrétaire qu’elle est bien mignonne, siffler une femme est un compliment, et dire de cette même femme qu’elle est une salope quand elle ne daigne pas répondre « oh merci trop aimable prends-moi toute nue sur le capot de ta Renault 18 » est normal, et justifié. On demandera toujours aux femmes ce qu’elles portaient quand elles se sont fait harceler/agresser/violer, on trouve des excuses aux hommes qui violent (« oh mais tu comprends, ça faisait 6 mois qu’ils étaient ensemble et elle refusait de coucher avec lui ! »), on qualifie les meurtres conjugaux de « crimes passionnels », qu’on habille de romantisme. On a peur de sortir en jupe et en talons, et quand on ose enfin, je redeviens le bout de viande que j’ai toujours été.

Mercredi j’ai pris sur moi et, en grande adulte responsable, je suis allée passer la journée à Paris, pour rencontrer des gens. (coeurs sur vous au passage) Avant de partir, mon mec m’a dit qu’il avait peur pour moi, et que ça ne le rassurait pas, que je sois seule dans Paris sans lui. Avant de partir, j’ai planifié mon voyage pour être seule le moins possible, pour le rassurer, et pour me rassurer : j’étais encore plus flippée que lui. Evidemment. C’était moi la nana toute seule en robe qui allait se balader dans tout Paris. Déjà avant de partir, on se regardait et on se disait mais putain, c’est pas normal d’avoir peur comme ça, c’est pas normal et c’est pas JUSTE.

Je suis donc allée à Paris et c’était super. J’ai été seule 5 minutes en tout et pour tout. Dans le métro, à l’heure de pointe. Cinq putain de petites minutes entre cinq putain de petites stations, cinq minutes pendant lesquelles un homme a frotté son sexe en érection entre mes fesses avec insistance, pendant lesquelles je me demandais si j’étais parano, si tout ce féminisme ne m’avait pas monté à la tête — oh on en cherche des stratégies pour rester dans son monde de Bisounours… — et pendant lesquelles je me penchais en avant, en équilibre précaire vu le peu de place, pour décoller mon corps du sien, la bile aux lèvres, les yeux qui piquaient. Je suis sortie de la rame à toute vitesse mais j’ai senti qu’il descendait aussi alors que je l’ai regardé. J’ai vu son visage, j’ai vu sa main sur son entrejambe au vu et su de tous, j’ai vu son regard moqueur, j’ai vu son rictus, j’ai entendu son ricanement. Et je l’ai vu rentrer dans la rame suivante, et j’ai pensé merde, une autre nana va subir ça aussi. J’ai prié très fort pour qu’elle soit plus forte que moi, et qu’elle dise tout haut ce que je pensais tout bas : gros porc dégueulasse, espèce d’animal, connard, mais crève, va te faire foutre, dégage et fous-moi la paix, sale pervers immonde et répugnant. J’ai cru que j’allais vomir et finalement j’ai juste pleuré. Longtemps. J’en suis encore secouée.

Je suis secouée aussi qu’en racontant ça à une de mes amies elle me réponde, « Je suis désolée si j’ai l’air blasée ou quoi, mais à Paris, ça m’arrive tout le temps… »

Donc voilà, j’ai ça dans mes bottes mercredi, je me révolte, je tempête, et je pleure, POURQUOI moi, POURQUOI agir comme ça, POURQUOI ? Avant-hier je poste sur la page du blog les conseils du Projet Crocodiles si on est témoin de harcèlement de rue, j’y glisse une allusion à mon agression, et un connard vient commenter : « C’est grâce à ce genre de BD que l’autre jour, quand j’ai vu une femme se faire un peu emmerder par un mec, j’ai décidé que ça me regardait pas et que j’en avais rien à foutre. » Le coup de poignard dans le ventre. Je vous les donne cadeau, pour que vous compreniez un peu pourquoi j’ai envie de vomir :

Dans tout ça on pense que tout va bien et d’un coup, bim, un Elliot Rodger. Qui n’est pas le premier, et qui ne sera pas le dernier. Tant que des gens continueront de s’en foutre, tant qu’on imputera la profonde misogynie à des troubles mentaux ou à une « légère frustration mais compréhensible quand même hein ». Tant qu’on ne martèlera pas dans le crâne des hommes que le corps des femmes ne leur appartient pas. On y revient souvent, à cette histoire, hein… Mais à quel point notre monde est malade ? Dites, j’en connais des mecs qui n’ont pas des masses de succès, j’en connais des vierges à 20, 21, 22 ans… et j’aurais peur qu’ils se réveillent un matin en se disant « ah dis donc y’en a marre de ces connasses de salopes pourries gâtées qui veulent pas coucher avec moi, alors que je suis un « magnificent gentlemen » », comme Elliot Rodger.

Cette tuerie n’est pas l’oeuvre d’un fou isolé, tout comme les viols ne sont pas commis par des fous isolés. Il faut cesser de répandre cette idée fausse et de se rassurer derrière l’idée dorée que les crimes misogynes sont la cause de maladies mentales, le fait de psychopathes, totalement en marge de notre société, qu’ils n’ont pas d’autre contexte que la folie, que tout le monde les condamne et que tout va bien. Il faut exposer la banalité de ces actes, des discours misogynes, il faut montrer combien c’est courant et répandu, combien nombreux sont ceux qui pensent comme Elliot Rodger, combien nombreux sont les commentaires qui applaudissent son geste, le justifient, le comprennent, le défendent.

Depuis que j’ai décidé de parler de féminisme sur mon blog, j’ai reçu des monceaux d’atrocités qui s’apparentent dangereusement au discours d’Elliot Rodger. J’ai lu que les femmes ne sont pas dignes de confiance, qu’elles ne doivent pas avoir de droits, qu’on ne doit pas leur donner de pouvoirs, qu’elles sont la lie de la société, la cause de la déchéance de notre civilisation, qu’elles ne sont que de viles salopes qui attirent les hommes vers les bas instincts. J’ai lu que les féministes, ces castratrices, se réclament de la misandrie, qu’elles haïssent les hommes et veulent les voir morts, les contrôler, les brider. J’ai lu que l’ordre établi ne peut pas changer, que la domination de l’homme sur la femme est dans la nature des choses, qu’il suffit de ne pas porter de jupes, de ne pas sourire, de ne pas sortir, de ne pas se coiffer comme ci ou ça, de ne pas se maquiller ainsi ou de ne pas croiser les jambes. J’ai lu qu’une bonne femme, est une femme invisible.

Alors pourquoi pas morte ? Finalement ?

Aujourd’hui j’ai peur parce que je me rends bien compte qu’on n’avance pas assez vite et que la grande majorité des médias dépeignent ce qui est purement et simplement la manifestation la plus extrême du monde dans lequel nous vivons, comme l’oeuvre d’un déséquilibré mental. Parce que personne ne veut remettre en question ce monde. Personne ne veut reconnaître qu’il considère les femmes comme des objets à disposition, personne ne veut admettre qu’il se sent opprimé quand une femme le rejette – parce que ça voudrait dire que cette femme est un dû, et que son rejet est injuste. Personne ne veut voir en face que la moindre blague misogyne contribue à ce système malade qui sent le cadavre, les cadavres plutôt, les cadavres de toutes les femmes qui sont mortes parce qu’un homme un jour a jugé qu’il avait le droit de s’accaparer une femme et son corps, et qu’il n’a pas envisagé une seule seconde que cette femme ne soit pas d’accord, et que ce soit son droit à elle. Ces cadavres sont légion.

Il y a cette jeune fille, Maren Sanchez poignardée pour avoir refusé d’aller au bal de promo avec un camarade, décédée de ses blessures (il y a un mois). On dit de son agresseur qu’il montre des signes de « psychose ». cette dame, Nicole El Dib, frappée et étranglée pour avoir « humilié » Papy Marcel, qui avait pour elle un « certain béguin ». Il y a cette femme, Samantha Geimer, violée à 13 ans par Roman Polanski, qu’on encense toujours aujourd’hui, dont on ne dit rien, à qui on décerne des prix pour son oeuvre. Il y en a d’autres, beaucoup trop, et on n’en parle pas, ou pas assez, ou pas assez bien.

Je suis fatiguée. Ecrire cet article m’a demandé beaucoup d’énergie, et vivre dans cette société m’en demande d’autant plus.

La révolte n’est pas assez forte. Les voix qui grondent ne sont pas assez nombreuses.

Beaucoup trop de gens encore valident la misogynie, sans même s’en rendre compte, car la condamner reviendrait à leur ôter leurs privilèges, et à les pointer du doigt. Mais la misogynie tue. Le sexisme tue. Cette société tue, chaque jour, et il faut que ça cesse.

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32 commentaires

  1. Bonsoir…
    Je viens de lire et relire ton article. Je suis écoeurée. Je sais bien que ce monde est dégueulasse de misogynie. Je sais à quel point il est difficile d’être une femme libre aujourd’hui. Je suis révoltée, chaque jour de voir à quel point on crache sur les femmes & leur statut.
    Courage à toi pour surmonter le choc, voire le traumatisme qu’a dû te causer cet immonde homme dans le métro…

  2. Je viens de découvrir ton blog, que je trouve déjà génial, et j’ai notamment lu ce billet. Ce que tu y décris me choque et me donne la nausée, d’autant plus que, en dehors de la sphère féministe, peu sont capables (ne serait-ce) que de la voir.

    Et les rares fois où elle est publiquement exposée, la réponse est similaire à celle que tu décris : ce sont les « autres » les coupables. Les « pervers », les « étrangers », les « machos », les « cons », les « bourrés », les « détraqués »… Il est terrifiant de voir à quel point, jusque dans les commentaires des blogs féministes, les hommes sont dans le déni total de l’oppression à laquelle ils participent.

    Les gens refusent de s’apercevoir que les racistes ou les homophobes puissent en réalité n’être autres qu’eux. Mais le sexisme, la misogynie, le patriarcat, c’est différent. Pour les gens, pour la société, ça n’existe tout simplement pas. C’est déjà terrible que l’on soit incapables de réaliser l’ampleur d’une oppression, comme le racisme par exemple, mais ça l’est encore plus de ne pas en réaliser la simple existence !

    Plusieurs des féministes que je lis ont exprimé récemment ce sentiment « d’urgence », cette colère, cette peur surtout, qui deviennent insupportables, parce que plus on découvre la violence du monde dans lequel on vit, plus on comprend à quel point celle-ci est considérée comme normale. Je pense qu’il y a vraiment de quoi devenir dingue de se battre tout simplement pour la justice et de réaliser que la société ne cherche qu’à nous détruire. Le féminisme, stade suprême de l’aliénation…

    Je suis un homme, j’ai la chance, ou plutôt, le privilège, de ne pas être concerné par cette urgence, mais je la comprends parfaitement. Parce que les opprimés n’ont pas à se satisfaire des miettes de pain qu’on leur jette en guise d’égalité. Parce que la lutte contre une oppression ne va jamais assez vite, quoi qu’en disent les dominants.

    Face à toute la violence, l’ignorance, le mépris et la haine que tu décris si bien, je ne sais vraiment pas quoi te dire, je voudrais vraiment que les mots seuls puissent suffire à les vaincre ou les effacer, mais je sais que ça n’est pas possible. Alors, je fais ce que tout être humain devrait faire et t’assure donc de mon soutien et de mon affection.

    Ça n’est peut-être pas beaucoup, mais si ça peut aider, ça sera toujours ça de pris.

    Merci et surtout, courage !

    P.S. : Quand j’ai lu une partie du « manifeste » de ce Rodger, je n’en ai pas cru mes yeux : c’est mot pour mot le discours type du « nice guy » ! oO

    1. Juste une petite correction préventive : quand je dis que je comprends « parfaitement » cette « urgence », je pense que c’est un poil excessif, je ne suis certainement pas le mieux placé pour cela (comme je le dis plus en amont).

      Mes excuses, donc.

      Et accessoirement, je souhaite que ce type (sur Facebook) s’étrangle dans son propre fiel.

  3. Cela me rend dingue. Je suis pétrifiée à l’idée de sortir seule dans la rue, même avec une doudoune et un jean trois fois trop grand pour moi. Aujourd’hui j’ai voulu sortir en short, j’ai abandonné et j’ai mis un legging noir opaque en dessous avec une veste et un t-shirt sans décolleté, j’ai renoncé à mon idée première. Et pourtant, même avec une veste en jean, un short, un legging et un t-shirt, j’ai osé des petits talons compensés. Le regard appuyé de personne que je connaissais ne m’a pas trop dérangé. Je sais que ce n’est pas méchant, ni malsain. Mais le regard des hommes qui sont loin d’avoir mon âge, mon sincèrement dérangé. Je n’ose plus sortir en ville toute seule, je deviens parano selon certain.

    Je dois aller à Mantes la jolie l’année prochaine pour mes études. Je dois prendre le train, puis le bus. J’en pleure la nuit, parce que tout ce qui se passe me fait peur. On parle des gens qui tuent, qui harcèlent, des hommes GRANDS. C’est à dire des adultes. Mais les adolescents le font aussi, les pré-ados de 12 / 13 ans également. Je sais, je fais partie de ces gamines qui n’ont jamais rien osé dire, qui pleuraient et qui se faisaient traiter de chouineuse dans tout le collège et le bus pour rentrer chez moi. Rien, personne ne réagit.

    Le commentaire de cet homme me blesse personnellement. Parce que j’ai déjà vu des gens, qui me voyant stressée, marchant vite, m’ont doublé, m’ont fait un sourire et son passé sur l’autre trottoir, pour que j’ai moins peur. J’ai rendu un sourire, c’est très aimable, très gentil de la part de quelqu’un d’avoir cette attention.

    Merci de m’avoir fait découvrir Projet Crocodiles, c’est vraiment quelque chose qui m’intéresse, nous sommes toutes et TOUS concernés ! Malheureusement, les hommes, du moins certain, pas tous, n’abusons pas, ne nous comprennent pas. Cette BD peut aider, c’est ce que j’ai pensé, jusqu’au commentaire de cette personne. Blessant, vexant, réduit à une chose plutôt qu’un être humain. Les femmes ont peur de sortir, de se faire attoucher, violer ou tuer et ça ne touche pas assez de monde. Nous avons d’autant plus peur que ça peut-être n’importe qui ! Et pas forcément un déséquilibré, je sais malheureusement de quoi je parle.

    Quand je parle avec des amies, des adolescentes autant que des femmes, c’est hallucinant le nombre de témoignage que l’on peut apporter. Des attouchements dans un train, un bus, un métro, des regards appuyés et vraiment dégueulasses en pleine rue, des insultes ! Pas plus tard que samedi dernier pour ma part.

    Je pense qu’il devrait y avoir plus de blog comme le tien, pour qu’on puisse en parler ! Malheureusement, on nous brime, comme toujours. Les médias n’en parlent pas, et on les défend en n’en parlant pas ! En disant que ce sont des cinglés, des personnes possédant un problème psychologique ou autre connerie ! Y a pas que ça, je suis désolée, faut arrêter de dire des conneries, c’est non seulement stupide, mais aussi répugnant d’être à ce point prises pour des poires !

  4. Cette exemple est l’illustration parfaite du pourquoi les féministes sont aussi détestables et détestés par la gente masculine.

    Se servir d’un crime horrible commis au delà de nos frontière pour étayer la théorie patriarcale, et la misogynie banalisée et généralisée dans nos sociétés est bien lamentable.

    Je suis prêt à mettre ma main à couper, que même s’il avait eu une petite amie Eliot Rodgers aurait bien trouvé une autre source à diriger pour déverser sa haine meurtrière.

    1. *tombe des nues*
      M’enfin le mec explique pendant des pages et des pages qu’il hait les femmes et qu’il va leur faire payer en les massacrant, il vous faut quoi pour que accepter que son crime est misogyne ?

      1. Autant effacer l’intégralité de mes commentaires…

        Je me demandais pourquoi tous les commentaires allaient dans le même sens : je viens de comprendre.

        ~ La liberté d’expression n’est qu’un concept.

  5. Merci pour cet article qui remet les points sur les I (si besoin il était).

    Je ne veux surtout pas que mes propos soient mal interprétés, comprenez que je cherche à apporter une solution au problème.

    Le fait est qu’il y a un passage en particulier qui m’a un peu choquée dans ton article : tu as peur de passer une journée seule à Paris ??!! Putain, mais dans quel monde on vit ?!
    Et ce qui me désole encore plus, c’est que si ton copain était venu, ça vous aurait rassuré. Tu vois comment on est amenées (nous, les nanas) à reproduire des schémas patriarcaux ? Jeune fille seule = femme en danger / faible Solution : prince charmant / héros aux gros bras

    Encore une fois, je ne dénigre pas ton sentiment. Il n’y a aucune honte à ça. Ce qui m’énerve c’est le processus qui t’a amené à penser comme ça.

    Et je pense qu’il y a une solution très simple à cela, mais tellement simple qu’elle en devient compliquée. Je m’explique.
    Pour la petite histoire, j’ai travaillé pendant 6 ans dans un milieu professionnel très majoritairement masculin. Dans les tâches inhérentes à mon poste : manutention, gestion d’équipes, savoir-faire technique. Bref, des activités que beaucoup considèrent comme acquises à la gent masculine (et presque impossibles à réaliser pour une femme). En 6 années, je n’ai eu qu’une seule fois des remarques sexistes à mon encontre (une seule fois, mais qui a valu le coup !). Par contre, parmi mes quelques rares collègues femmes, certaines se faisaient clairement malmener et subissaient des remarques sexistes par LES MEMES PERSONNES qui travaillaient avec moi sans aucun problème.

    Alors qu’elle était la différence entre elles et moi ? Pourquoi les mêmes hommes pouvaient avoir des comportements très différents selon la femme avec laquelle ils travaillaient ?
    Et pourquoi je me suis quand même fait emmerder une fois dans ma carrière (je ne crois pas au « pas de bol, t’es tombé sur un con ») ?
    Ces questions je me les suis posées longtemps. Et j’ai eu la réponse récemment en regardant ce talk TEDx d’Emmanuelle Piquet sur le harcèlement scolaire : http://youtu.be/iMGLy-juSxw

    La réponse, c’est le positionnement ou pas en tant que victime. Si on endosse le rôle de victime (en ayant peur d’être embêté, en essayant de ne pas se faire remarquer), on a de grandes chances pour qu’au contraire on devienne la cible privilégiée des « prédateurs ». Les « prédateurs » (j’aime pas trop ce mot, mais j’ai rien trouvé de mieux) sont également en souffrance et cherchent à passer leurs nerfs sur quelqu’un. Ils ne veulent pas prendre le risque de perdre et vont donc automatiquement s’attaquer aux plus faibles ou à ceux qui leur paraissent les plus faibles.

    La solution pour les femmes et les opprimés quels qu’ils soient, c’est donc de sortir du statut de victime. Comment ? En ayant une attitude active et non passive : dos droit, regard franc et haut, avec quelques répliques bien choisies en réserve.
    Alors attention, encore une fois, je n’ai pas dit que ceux qui se font agresser, c’est de leur faute. Pas du tout. Je dis juste qu’on peut éviter des agressions.

    C’est mon petit jeu des fois. Un peu comme dans l’Histoire sans fin quand Atreyu doit passer le « sas de la peur » gardé par deux statues. Si celui qui traverse cette allée ressent la peur, il se fait automatiquement électrocuter par les statues.
    Bref, des fois je fais pareil. Par exemple, je vois dans la rue, le soir, un groupe de jeunes gens un peu éméchés, typiquement le genre de groupe à harceler une jeune femme qui les croise. Et ben j’y vais, je passe à côté d’eux bien droite, le regard haut, l’ai détendue (passek’en fait je suis pas 100% rassurée non plus). Et jusqu’à présent ça passe.

    J’évite aussi les contrôles de sécurité avec cette technique (mais c’est une autre histoire)

    Et ça m’aide à me dire, je suis dans mon droit, je suis maître de ma vie et, non, personne n’a à venir me faire ch*** quand je marche dans la rue. S’il y en a qui ont des réflexions à faire, je les attends avec mon plus beau sourire condescendant. Parce qu’en fait il faut les plaindre ces pauvres mecs qui ont rien trouvé de mieux que d’embêter les filles. C’est eux le problème, pas nous.

    (désolée pour le roman, vous pouvez m’écrire par mail pour prolonger le débat si vous voulez)

    1. Merci pour ce commentaire que je sens remplis de bonnes intentions, mais en fait, non, j’ai pas que ça à faire de plaindre ces pauvres mecs qui n’ont rien trouvé de mieux que d’embêter les filles. Effectivement le problème, c’est eux, et c’est pas en disant aux victimes de harcèlement de rue qu’il faut faire ci, ou ça, marcher comme ci ou comme ça, qu’on va faire comprendre au monde que le problème c’est eux, et pas nous.
      C’est un problème récurrent quand les femmes parlent de leurs agressions : on les abreuve constamment de conseils, « et tu aurais dû faire ci », « moi à ta place j’aurais fait ça », « pourquoi t’as pas crié ? », « évidemment si tu sors la peur au ventre, ils le sentent et tu es une cible facile », le fait est qu’on reporte, même inconsciemment, le blâme sur les victimes, qui auraient pu « mieux se comporter », « mieux réagir », et c’est problématique pour plusieurs raisons :
      ce n’est pas facile pour toutes les femmes, d’adopter un autre comportement que celui qu’elles ont déjà. Demander à une femme qui subit le harcèlement de rue à répétition, ou qui porte en elle la mémoire traumatique d’un viol ou d’une agression sexuelle, de changer son comportement pour faire « moins victime », c’est vraiment mal venu.
      c’est profondément injuste, et encore une fois ce sont les femmes victimes à qui on parle, alors qu’on pourrait aussi faire l’éducation des hommes harceleurs. Tu vas me dire que les harceleurs ne font pas d’articles sur des blogs pour dire qu’ils ont harcelé, mais on en connaît tous, des harceleurs, des violeurs, des agresseurs. On peut aussi se prendre par la main et leur montrer combien leur comportement est malsain, et ainsi on réglerait VRAIMENT le problème.
      Parce que finalement dans « arrêter de se victimiser », « faire profil haut et avoir l’air sûr de soi », on ne fait que cacher la peur, qui est toujours présente. Si on arrivait à éradiquer les agressions, la peur partirait, et ce serait infiniment plus sain.
      Ce n’est pas aux femmes de s’adapter aux comportements des hommes violents pour survivre – et c’est de toute manière ce qu’elles font déjà, chaque jour -, c’est aux hommes d’adapter leurs comportements pour devenir dignes d’êtres humains décents.
      De plus, quand je te lis, je ne peux m’empêcher de penser que si j’avais raconté combien je n’ai pas peur de sortir dans la rue, comment je regarde les hommes dans les yeux avec assurance, un sourire aux lèvres, insouciante, mais que ça ne m’avait pas empêchée de me faire agresser, il y aurait eu quelqu’un d’autre que toi pour me répondre : « ah bah oui mais avec un comportement arrogant comme le tien, tu provoques aussi ! »
      On n’est jamais gagnantE, quand on est une femme, dans cette société.

    2. Je suis complètement d’accord avec toi.

      Je dois bien avouer que parfois j’ai peur de sortir seule le soir (en même temps quelle fille n’a pas été élevée avec cette peur ?), mais lorsque je croise quelqu’un, ou même un groupe, je ne le laisse pas paraître. Je regarde les gens dans les yeux, je marche le dos droit (enfin j’essaye parce que je ne suis pas non plus dotée de la plus grande assurance). Et je n’ai jamais eu de problème, même en sortant en jupe dans une grande ville… Et puis, en général c’est moi qui leur fait peur de toute façon x) *vive les rangers qui font du bruit*

      Bref, juste pour dire qu’il ne faut pas se laisser faire par une éducation à la « ooh non ne sort pas comme ça, couvre-toi donc! Tu vas te faire agresser ma pauvre! ». La rue, elle est à nous aussi, et même la nuit!

  6. Il faut que ça soit dit, et redit. Et lu par des hommes, qui se prennent en main pour déconstruire, de leur coté, tout leur machisme institutionnalisé, intégré dès le berceau. Ne baisse pas les bras, le monde a besoin de gens comme toi. Courage.

  7. Bonjour, je suis le seul garçon je crois pour l’instant.
    J’approuve tes dires. Je viens de banlieue et je sais que mon amie avait toujours peur de sortir joliment habillée. Elle est parfois arrivée chez moi terrifiée parce-qu’un vieux pervers l’avait suivie en lui faisant des avances seule dans une rue.

    Je ne sais pas d’où vous venez pour votre part mais dans ma banlieue c’était caractéristique, les filles ne se mettaient jamais en valeur dans la rue jogging basket plutôt que talon shorty. Dans les bars de ma ville, il y a 30 mecs et pas une seule fille et lorsqu’on croise une fille dans la rue elle baisse le regard pour éviter qu’on l’emmerde. Je lève donc mon chapeau à tous ces idiots qui leur ont fait suffisamment de remarques pour qu’elles cessent de vouloir plaire quand elles sont dans ma ville.

    A mes yeux, le machisme le plus institutionnalisé de notre monde provient de la télévision qui présente toujours la femme comme une pauvre chose molle qui ne fait que de gémir et est rassurée par son héro l’homme fort qui n’a peur de rien. Bon courage pour trouver un film sans au moins une scène d’une nana qui pleure dans les bras d’un homme. Bon courage également pour trouver une scène d’un homme qui pleure dans les bras d’une fille.

    Je vous soumet pour finir une réflexion que je m’étais faite après une séparation qui m’avait fait beaucoup souffrir. Je me suis demandé à l’aube de la rencontre d’une nouvelle charmante beauté pleine de sourire si j’avais le droit de l’appeler « MA » copine. A savoir que tout le monde le fait mais que tout de même, ce pronom possessif laisse imaginer qu’en quelque sorte elle m’appartiendrait. Peu s’en faut de se dire aussi qu’elle fait partie de mes affaires et que j’ai le droit de décider de sa vie… Enfin, elle a un prénom, elle s’appelle pas « ma copine ». Cela me choque un peu dans la bouche de mes amis lorsqu’ils parlent de « leur copine » plutôt que d’utiliser le prénom…
    Enfin, c’est une réflexion toute personnelle qui parfois s’éteint dans le feu de l’action lorsque des « Oh mon amour… » sortent entre deux baisers

  8. Courage à toi, sincèrement je te soutiens toi et ton discours. Rien qu’à te lire je sentais la rage qui montait en moi. Combien de fois en rue tu n’entends pas « ha celle-là elle suce sûrement plus de b**** que sa mère à son âge… » et toutes ces autres atrocités que eux seuls trouvent drôles et pertinentes. Une femme peut s’habiller comme elle l’entend, on peut lui faire un compliment mais est-ce pour autant que vous messieurs (ou même mesdames et oui parfois les pires sont les femmes qui en jugent d’autres) tombiez dans une vulgarité et une déchéance malsaine en les agressant verbalement ou physiquement. HONTE à vous !!! Il y a une ligne à ne pas franchir qui est celle du bon sens, de l’éducation et de la légalité. Que cherchez-vous à prouver? Pensez-vous sincèrement qu’en abordant une femme dans la rue avec « oh madame tu es mignonne! » qu’elle vous accueillera bras ouverts? à part vous faire remballer c’est tout ce que vous méritez!

  9. J’peux pas lire cet article sans avoir une envie irrépressible de frapper tout ces hommes stupides et vulgaire, (alors oui j’suis pas du tout contre l’utilisation de la violence sorry :p ca doit venir du fait que j’suis encore jeune et que je suis un mec :3 (sans moqueries! >< :p)

  10. J’aimerais juste une fois, que ces types qui utilisent allègrement le mot pute pour parler de la gente féminine, et qui trouvent qu’on est parano et névrosées, soient transformés en femmes quelques temps (oui oui comme dans les films bidons et rigolos que j’aime bien regarder car ils me donnent un peu d’espoir).
    Sinon j’aimerais aussi leur vomir dessus, mais bon.

  11. Merci pour cet article criant de vérité, qui, malgré qu’il dénonce une triste réalité alarmante, me fait beaucoup de bien. C’est le coup de gueule que j’ai souvent envie de pousser, sans y parvenir. Je me retrouve complètement dans l’épisode du métro que tu racontes, toutes les parades que l’on développe pour se dire que non, le monde ne peut pas être aussi glauque, jusqu’à accuser notre féminisme de nous jouer des tours. Le chemin est encore long avant de se débarrasser du patriarcat et du machisme quotidien.

  12. Eh bien, j’adore te lire, même si le thème est cru, même si tu parles de monstruosités.
    Et même si je n’ai jamais vécu de viol ou de situation comme celle que tu décris dans le métro, je comprends parfaitement ce que tu veux dire. Et de plus en plus, en m’intéressant au féminisme, je me rends compte de la pourriture de ce monde actuel.
    J’ai lu quelque part que les hommes rabaissaient les femmes à ce point car ils ont conscience de notre supériorité et ont peur de nous. En gros, la meilleure défense c’est l’attaque.
    Mais pourquoi ont-ils peur des femmes? Ok, on porte la descendance, sans nous, point de « salut de l’espèce ». Mais sans hommes non plus… Alors? Mais en attendant, ca me fait du bien de savoir que, dans leur for intérieur, ils nous croient supérieures…

    Mais surtout, la question qui se pose, c’est « que faire? »
    Un début: chacun/e doit avoir le courage de gueuler quand il/elle est témoin d’une situation de viol ou de sexisme. Et pour ca, il faut qu’on recommence tous à regarder ce qui se passe autour de nous, au lieu de continuer à nous enfermer dans notre bulle, voire de faire comme si…
    Personne ne « mérite » d’être violé/e, qu’on s’enfonce ca dans le crâne !

    Continue à hurler comme ca, BRAVO !

  13. J’ai pas de mots face aux tiens qui sont juste ceux parfaits pour décrire ce que je ressens de plus en plus fort ces derniers mois, ces dernières semaines…ça me rend malade, tout ce déni et cette hypocrisie suintante et vomissante, parfois de la part des femmes elles-même. Y a tellement de choses à changer qu’il faudrait détruire pour reconstruire. En attendant ça nous bouffe nous les femmes, et il y en a tellement de ces drames que ça en devient banal et personne ose bouger son cul.

  14. je n’aipas l’habitude de subir de violence misogynie, malgré tout, je la ressens quand même… Même au sein de mon cercle d’amis. J’ai parfois la sensation que mon physique compte autant que mon mental, alors que pour les hommes, seul leur mental compte. Je ne me sens pas pour autant oprimée, pas autant que les femmes que tu cites. Je me dis que j’ai de la chance de ne pas subir tout ça… 
Parfois j’ai envie de carrément quitter la société, et toi? Oserais tu la quitter ?

  15. Moi aussi je suis fatiguée. J’ai envie de crever d’assister à ça sans cesse, qu’on me prenne contradictoirement pour une folle alors que je me dresse contre toute cette ignominie, parce que ça me rend dingue qu’une pauvre femme se dise représenter la France alors qu’elle veut faire dérembourser l’IVG, ça me rend dingue d’avoir peur d’aller courir toute seule, ça me rend dingue de m’empêcher de vivre « parce qu’on ne sait pas ce qui peut se passer ». Pourtant je ne suis pas du genre à avoir peur. Je saute sur le pauvre gars totalement beurré pour l’empêcher de taper sur tout ce qui bouge. Je m’arrête sur le bord de la route pour récupérer un chien qui risque de se faire écraser. Nous on agit pour les autres, mais on a peur pour nous parce qu’au final, les autres on est pas sûres qu’ils fassent la même chose pour nous. Vraiment, moi aussi des fois j’ai envie de crever. Mais avant ça, je veux juste te dire que ce qu’on fait, que ce que tu dis est JUSTE, et je t’aime pour ce que tu es et ce que tu dis. Ensemble on est plus forts. Sérieux, je te donnerais bien mon numéro pour te dire tout ça, on n’est pas potes, mais c’est comme si <3 #Love #RiseUp

  16. Bonjour,
    Depuis ton commentaire la semaine passée sur FB, je tourne et retourne dans ma tête ce problème. Je ne suis pas sûre que ce que je dise soit hyper constructif mais allons-y… J’ai découvert ce « monde misogyne » par le biais de ma soeur, qui elle, a rencontré ces situations à maintes reprises (un viol dans un camping, un viol en boîte de nuit, des attouchements dans le métro…) J’ai appris ça très tard, elle n’en parlait pas. Je suis tombée de très haut. Je suis sa grande soeur, je crois pouvoir dire qu’on est toutes les deux plutôt jolies, et elle, elle a subit ça. Moi ? Jamais rien, jamais peur de sortir dans la rue ou dans le métro, il ne m’arrive rien. On me siffle ? Je rétorque. ça va jamais bien loin, mais le peu qui m’arrive, je retourne assez vite la situation. Du coup, je n’avais aucune conscience des proportions que ça pouvait prendre pour certaines femmes. J’ai toujours eu envie de hausser les épaules en entendant certaines copines dire « non, après telle heure je prends plus le métro » ou « non ce quartier, ça craint trop, retrouvons-nous ailleurs ». J’ai souvent la tentation de « faire la morale », le « pourquoi t’as pas directement porté plainte ? » ou « mais retourne-toi et colle-lui en une, tout le monde sera de ton côté ! », envie de secouer ces victimes. Mais je sais qu’il ne faut pas, que le problème est ailleurs : dans l’éducation qu’on reçoit, la confiance en soi, différente chez chacune. Et que les prédateurs savent si bien déceler pour choisir leurs proies.
    Grosse pensée pour toi.

    1. Comme je te comprends, moi non plus rien de tout ça ne m’est arrivé et je ne comprenais vraiment pas la peur de mes amies de rentrer trop tard etc… mais c’est vrai qu’il faut essayer de comprendre. Sans tomber pour autant dans la psychose, car c’est notre droit de nous promener à l’heure qu’on veut…

  17. J’hésitais à écrire sur le sujet mais toi et d’autres blogueurs avez bien exprimé ce qu’il y avait à dire et fait les liens qui devaient être faits. Ceux qui nous sautent aux yeux quand on a déjà les autres pièces du puzzle mais qui restent invisibles si on en croit les médias mainstream qui déculpabilisent les violences faites aux femmes.
    Merci pour cet article, que je partage.

    Et *hug* pour ce qui t’es arrivée dans le métro parisien. C’est terrible d’avoir peur de sortir, et terrible que ton amie aie dû s’habituer à ça et s’y soit résignée…

  18. J’ai vu il y a peu une vidéo assez sidérante, dans laquelle deux acteurs dans la rue miment une disputent de couple suivie de coups assez violents. Dans un cas, c’est l’homme qui frappe la femme, dans l’autre cas, c’est l’inverse. Dans le premier cas, des témoins (comme quoi, ça arrive) s’interposent. Dans le second, les témoins sont plutôt amusés.
    Autre statistique assez intéressante : 20% des victimes de meurtres conjugaux sont des hommes.
    Quand une femme déséquilibrée (car oui, le meurtre de masse et la mutilation (du moins ce genre de mutilation) sont le fait de personnes ont des problèmes psychiatriques, même dans notre société malade) coupe les parties génitales de son mari, là aussi les blagues vont bon train.

    Oui, le sexisme tue. Il tue aussi des hommes.

    1. C’est totalement faux de croire que les meurtres sont forcément le fait de personnes déséquilibrées, déjà. Que ce soit commis par une femme ou par un homme.
      Ensuite, il m’apparaît à moi évident que si personne ne réagit lorsqu’une femme frappe un homme dans la rue, c’est parce que c’est incongru et inhabituel, et aussi sûrement parce qu’on s’imagine qu’une femme ne peut pas réellement blesser un homme. C’est faux, certes, mais ça n’est en aucun cas le faute des femmes.
      Ta statistique « intéressante » me fait rigoler, 20% des victimes de meurtres conjugaux sont des hommes, ouais, OK, faut pas oublier dans ce cas que 80% sont des femmes, ce qui en fait il me semble l’écrasante majorité. Ces statistiques, de plus, ne veulent rien dire, combien de meurtres conjugaux le sont parce qu’un homme jaloux a découvert que sa femme le trompait, combien le sont parce qu’une femme battue, menacée, a pété un câble ? Je ne cautionne pas le meurtrières, je dis juste qu’une statistique sortie de nulle part n’a aucun sens si elle est utilisée hors contexte, or, c’est exactement le cas ici.
      Le sexisme ne TUE PAS les hommes. Le nombre de femmes réellement misandres est infime, comparé au sexisme INSTITUTIONNALISE, qui fait PARTIE INTEGRANTE du système actuel, et qui CAUTIONNE les actes misogynes, même les meurtres. Point.

      1. Ok, tu as raison pour le premier point. J’avais précisé « meurtre de masse », car pour tuer sur le coup de la colère ou accomplir un meurtre pour toucher l’héritage, nul besoin d’être fou, mais à moins de considérer que les militaires et les terroristes ne sont pas sain d’esprit, on peut aller abattre des gens qu’on ne connait pas tout en étant équilibré.

        Par ailleurs, si pour toi une victime sur 5 de la violence conjugale est peu surprenant, pour moi ça l’est. Même si je savais que les hommes battus, sujets de blagues bien grasses, existaient réellement, je pensais que c’était anecdotique (genre 2-3 cas par an, pas plus).

        Par ailleurs, quand je dis que le sexisme tue les hommes, je ne parle pas de misandrie, mais bien de misogynie. Comme tu le dis toi-même : « on s’imagine qu’une femme ne peut pas réellement blesser un homme ». Du coup, si un homme se fait tabasser par une femme, c’est drôle. Si tu entends des bruits de bagarre la nuit et que tu réalises que ton voisin bat sa femme, tu (enfin pas toi personnellement, c’est un « tu » général) appelles la police. Si c’est ta voisine qui bat son mari, tu vas plutôt raconter ça à tes collègues le lendemain pour les faire marrer à la pause café. Un peu moins de misogynie permettrait de prendre conscience que la faible femme et l’homme fort relève en partie du mythe sexiste.

        On parle beaucoup du problème du traitement du viol des femmes par les hommes (où on les transforme en coupables). Mais émerge seulement le problème du traitement inverse : des hommes sont violés par des femmes (déjà, je savais pas ça possible avant d’entendre des témoignages). Ils ne peuvent même pas en parler avec leurs amis, un homme violé (par une femme), c’est un « veinard » !

      2. Je reviens sur ta première phrase Jeune Idiote, il est possible qu’il y ait mésentente au niveau de la définition du terme employé : ça veut dire quoi exactement, une personne équilibrée ? Dans quelle mesure une personne qui va aller décider un jour d’en tuer d’autres comme l’a fait Rodger peut encore être qualifiée d’équilibrée ?

        Attention, je ne suis pas du tout en train de remettre en question le fait que sa perception de la situation ait été induite par une société profondément misogyne dans laquelle avoir une femme à disposition est malheureusement vu par certains comme un droit opposable, le lien me semble tout à fait évident (s’il était besoin de le préciser).

        Le fond de ma pensée étant que ce genre de personne est effectivement un déséquilibré et qu’on peut le reconnaître : notre société fabrique maintenant des déséquilibrés.

        Bon courage à toi en tout cas et merci, ce genre d’article aide à prendre conscience du problème (du moins j’ose l’espérer).

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