patriarcat

Faut-il se forcer à faire l’amour ?

Ne vous inquiétez pas, je ne suis dans les parages que l’histoire de quelques paragraphes, avant de retourner dans un pays merveilleux peuplé de jeux vidéos, de riz à l’avocat et de monoï. Mais vous savez que je ne suis jamais très loin quand il s’agit de crier un bon coup, et là…

AuFeminin.com demande « Faut-il se forcer à faire l’amour ?« .

Je réponds :

NON.

Voilà, ce sera tout. A + pour de nouvelles aventures.

Plus sérieusement, il apparaît qu’en 2014 il soit toujours nécessaire de se poser ce genre de questions, quand la réponse est, d’après moi, claire, limpide et évidente, comme vous avez pu le constater. L’article d’AuFeminin.com est un peu critique, à mon avis pas du tout assez, me voici donc montée sur mes grands chevaux pour balancer des claques à qui de droit.

Lorsqu’on aborde la sexualité, il est très facile de tomber dans pas mal d’écueils tous plus épineux les uns que les autres. On peut par exemple ne parler que du sexe hétéro. Ou alors, on peut oublier que l’asexualité existe, et que ce n’est pas une maladie. On peut perpétrer le mythe ultra-répandu que la sexualité féminine est un mystère, que personne ne sait rien sur le sujet, et que c’est pour ça que les femmes ne jouissent jamais. (et surtout pas parce que les hommes baisent mal, n’importe quoi voyons, je vois pas ce que vous voulez dire) On peut aussi dire que le désir sexuel est optionnel voir capricieux chez les femmes, mais qu’il est omniprésent chez les hommes. On pourra même pousser jusqu’à dire que quand un homme reste sur la béquille, il souffrira atrocement, et franchement, ça c’est pas cool. Donc forcément, on finira par dire que parfois, il faut « se forcer », pour le bien-être de Monsieur, du couple, de la société toute entière. (le sachiez-tu ? les conflits internationaux sont dus essentiellement à des Premières Dames qui ont trop souvent la migraine)

Si vous retrouvez TOUS ces ingrédients dans un même article, vous pouvez fermer le magazine ou la page internet et aller vous cuisiner un marbré végane facile sans prise de tête. (si si, j’ai ça sous la main, eh ouais) Et surtout, n’accorder aucun crédit à ce que vous venez de lire. (suite…)

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La misogynie tue

J’ai l’impression qu’il faut que je parle des événements récents ici, je sens que c’est nécessaire, et pourtant je ne sais pas par où commencer. Depuis mercredi, je me prends en plein fouet la triste réalité : c’est pas demain la veille qu’il fera bon être une femme en ce monde. Ca sonne drama queen et tout, mais c’est comme ça que je le perçois, ça reste assez confus mais si je n’en parle pas maintenant, il sera trop tard et tout le monde aura oublié. On oublie vite, quand ça nous arrange…

Vendredi 23 mai, Elliot Rodger a tué six personnes près de Santa Barbara. Je lis partout des articles qui parlent de qui il est : le fils d’un assistant-réalisateur sur le tournage de Hunger Games. De ses troubles mentaux : il souffrait d’une forme aiguë du syndrome d’Asperger, « ce qui rend très difficiles les relations sociales ». On dit de lui qu’il est un « jeune vierge en guerre contre les femmes ». C’est bien, c’est tellement lisse, tellement facile. Avec cette approche totalement biaisée, je vois les gens commenter : « mais tous les hommes sont pas comme ça, heureusement ! lui il était malade mental ! » d’un côté, et « en même temps je comprends, ça doit être frustrant de pas avoir de meuf et de pas pouvoir baiser ».

A part dans le milieu féministe que je fréquente, je n’ai pas lu d’article qui dénonce l’acte profondément misogyne de cet homme, qui explique que non, être rejeté par les femmes n’est pas une excuse, une justification, une explication correcte, pour assassiner 6 personnes, et pour tenir le discours que tenait Elliot Rodger. Je suis sidérée qu’on passe à côté de ça, et sidérée qu’on ne modère pas ces commentaires effarant de violence, profondément misogynes, que je lis partout. (suite…)

[VI] L’égalité des sexes à l’école

Encore un tour du karma : au moment où mon cerveau est le plus réceptif aux manifestations quotidiennes du sexisme dans notre société, voilà que les suggestions de lecture de la reprise me proposent un article d’éduscol (le portail national des professionnels de l’éducation) intitulé : « Genre et pratiques scolaires : comment éduquer à l’égalité ? »

Je tiens pour universellement acquis qu’il ne fait pas bon naître femme à l’heure actuelle sur cette planète. Evidemment, c’est toujours pire « ailleurs » (je pense notamment aux Saoudiennes qui viennent tout juste de se voir accorder le droit de faire du vélo ! mais attention, voilées intégralement, toujours accompagnées d’un homme et dans les rues pas trop fréquentées par contre…) mais même en France, dans notre beau pays de l’égalité et de la fraternité, les droits de l’homme ne sont pas forcément encore universels. (sur plein de points malheureusement) C’est assez édifiant d’ailleurs qu’au lieu d’avancer sur le sujet, la société occidentale tend plutôt à reculer

Par exemple, les Lego, qui étaient avant unisexes, et présentaient des filles au même nombre que les garçons, se sont peu à peu sexualisés.

Cette pub symbolise pour moi le côté coopératif et créatif du jeu, et a le mérite de faire figurer un garçon ET une fille jouant ensemble. Eh ouais, c'est possible !!

Cette pub symbolise pour moi le côté coopératif et créatif du jeu, et a le mérite de faire figurer un garçon ET une fille jouant ensemble. Eh ouais, c’est possible !!

D’un côté, les Lego de bonhommes, avec de plus en plus d’armes à feu, des quêtes épiques et des objectifs comme sauver le monde et anéantir les méchants, et de l’autre, les Lego de demoiselles, déclinés en rose et en violet, agrémentés d’accessoires comme des fours pour cuire des cupcakes, ou des salons de beauté pour changer de coiffure.

Tintintintiiiiin !

Tintintintiiiiin !

En cadeau, voici une pub pour les Lego Friends, activez donc votre filtre révolté de féministe engagé-e, allez !

Autre chose qui me fait tiquer, c’est la pléiade de livres pour enfants ouvertement catégorisés « filles/garçons » : entre les collections spéciales véhicules dont les protagonistes ne sont que des garçons (La moto de Léo, La voiture d’Arthur…) et les livres d’histoires de princesses Disney… et tiens, cette dernière trouvaille aussi :

DVD genrés

Où on voit clairement que la petite fille peut : jouer à la marchande, sourire, être belle, populaire, et faire des cadeaux, pendant que le petit garçon, lui, peut : construire des robots, faire du sport, être fort, et même être un pirate !

(désolée, je suis un peu révoltée par ces DVD)

(attendez j’en remets une couche : vous avez vu que dans plus d’un tiers des épisodes proposés, le protagoniste du dessin animé n’est même pas une fille ? Trotro, Tchoupi, Samsam, Oui-oui… que des mecs tout ça ! Qu’est-ce qu’on envoie comme message aux petites filles ? que même dans un objet qui leur est destiné, elles ne sont même pas le personnage le plus important de l’histoire ? qu’il faut forcément un garçon pour faire une aventure un tant soit peu intéressante ?)

(/parenthèse féministe enragée) (suite…)