[VI] Violences scolaires : un non-dit ?

Voilà un article qui a attiré mon œil dans ma boîte mail pour ce VI. « Violence scolaire : état des lieux », titre Sciences Humaines. Je m’attends à un inventaire chiffré des violences rencontrées dans le cadre de l’école, du collège et du lycée, et j’en ai pour mon grade. Ca me rappelle de douces années dans un collège à l’époque en ZEP, puis d’encore plus belles années dans un lycée privé très bien sous tous rapports, où la violence évidemment, revêt d’autres apparats.

Professeurs poignardés, agressés, giflés… les journaux regorgent (enfin ça a l’air de s’être calmé) de faits divers d’une violence extrême, dont le cadre est souvent les établissements de zones sensibles, la très vilaine « banlieue ».

Pourtant, au-delà de faits dramatiques largement médiatisés, ce qu’il est convenu d’appeler (depuis les années 1990) « la violence scolaire » se constitue en réalité de faits souvent mineurs, de « microviolences » qui posent problèmes en raison de leur nombre, de leur caractère répétitif et, à terme, de leurs conséquences sur les individus et sur le climat des établissements.


Sciences Humaines fait ensuite un joli catalogue des différents types de violences :

  • Les agressions envers le personnel (majoritairement verbales, on n’en vient aux mains que dans 1% des cas)
  • Insultes et agressions verbales représentent ¾ des violences entre élèves
  • Les coups, bagarres, vols représentent moins de 10% des violences dans les établissements
  • Le harcèlement entre les élèves revêt différentes formes, et a poussé déjà plusieurs victimes au suicide

La suite de l’article démontre que la violence scolaire a l’air d’être en constante augmentation, mais que les chiffres le démentent. Simplement, cette violence qui avant, pouvait se limiter à un coup de coude dans les couloirs, se renforce aujourd’hui pour devenir, justement, de plus en plus violente.

Pour conclure, nous dirons qu’en termes d’évolution, on constate une stabilité moyenne des violences scolaires, en même temps qu’un durcissement de ces violences dans certains établissements et certains quartiers.

De plus, 90% des élèves se sentent en sécurité dans leur établissement, même si 14 % des élèves interrogés perçoivent leurs relations avec les enseignants comme négatives ; un élève sur dix se perçoit comme une victime à répétition ; 5 à 6 % se déclarent harcelés (plusieurs fois par mois, voire par semaine)

Un élève sur 10, c’est quand même pas rien. C’est carrément inquiétant, même, de mon point de vue.

Mais ce qui me chiffonne dans cet article, au fond, c’est toute une part de la violence scolaire qui est passée sous silence, tranquillement, ni vue ni connue. Oh oui, les vilains banlieusards, ils frappent leurs profs et harcèlent leurs camarades. C’est horrible, et ça doit cesser. Mais qu’en est-il des profs, qui frappent encore leurs élèves, les harcèlent, les humilient, les tournent en ridicule, les punissent sans raison ?

Je n’ai pas envie de mettre tout le monde dans le même sac. Je n’ai pas quitté l’école depuis bien longtemps, alors je sais que l’école, reste un microcosme de la société telle qu’elle est : il y a des gentils, il y a des méchants, et ce dans tous les camps. Et j’ai envie de vous parler en tant qu’ex-maltraitée. En tant qu’ancienne petite fille terrorisée d’aller à l’école…

J’ai envie de vous parler de ces élèves qui m’ont insultée, depuis la primaire, jusqu’à la fin du lycée, pour des motifs géniaux : j’avais les cheveux frisés, des petites chaussures vernies. Ma mère était prof dans le collège où j’étudiais. Je m’habillais de manière… particulière, certes. J’étais un peu trop intelligente. Puis au lycée, j’avais noué une amitié très étroite avec une étudiante étrangère, du coup j’étais forcément lesbienne. (mais pas lesbienne gentille, hein, lesbienne beurk ostracisée, moquée, montrée du doigt) (c’est encore trop rare qu’on dise « lesbienne » sans que ce soit péjoratif)

Mais j’ai aussi envie de vous parler de cette institutrice de CM1, dans une école (privée toujours) tout ce qu’il y a de bien, qui nous frappait avec des piles de livres de géographie, qui me calomniait à mes parents, et qui, en classe de neige, m’a interdit d’aller faire pipi avant la randonnée. Là, j’ai pas envie de vous dire ce qui s’est passé.

J’ai envie de vous parler de ces quelques profs de collège, très « amis » avec ma mère, qui me menaçaient d’aller balancer la moindre petite frasque que je pouvais faire (comme, oh mon dieu ! mettre des dessins réalisés en perm’ dans mon protège-cahier d’anglais !). C’étaient pas les pires, ceux-là, j’ai fini par leur faire la nique, ils ne blessaient pas mon intégrité.

J’ai envie de vous parler de cette prof de lycée qui ne m’a jamais supportée, qui a fait chuter ma moyenne de français de 16 à vaguement 8, qui m’humiliait devant toute la classe à coup de « Ca va, je te dérange, mademoiselle Je-Sais-Tout ? Tu veux faire le cours à ma place ? », alors que je posais une question, qui, je le pensais, pouvait faire avancer la réflexion. Je n’avais manifestement pas encore compris qu’à l’école, réfléchir c’est mal. Cette prof a largement participé à me faire sombrer dans la dépression, en disant notamment devant mes parents que « franchement, un bac L, faut pas y compter, t’y arriveras jamais avec tes faibles capacités ». Et quand mes parents ont décidé de faire cesser tout ça, après ce rendez-vous catastrophique, ils se sont heurtés à une barrière, Mônsieur le Principal-Adjoint, qui leur a bien gentiment dit : « Vous comprenez, c’est une professeur, on ne peut pas lui dire grand-chose… mais vous n’êtes pas les premiers à venir vous en plaindre… »

J’ai changé de lycée. Mônsieur le Principal-Adjoint a eu le culot de dire à mes parents que je pourrais revenir l’année suivante, que je n’aurais plus cette prof.

Et j’ai envie de vous parler d’élèves qui encore aujourd’hui se font mettre à genoux dans les couloirs, pendant de longues minutes qui parfois se transforment en heures, qui se prennent encore des gifles, ou qui se font traîner par le bras si fort qu’ils en ont des bleus. J’ai envie de vous parler d’élèves qui se font humilier chaque jour par les mêmes professeurs, et on ne fait rien, car vous comprenez, ils sont professeurs. Parfois même directeurs adjoints. N’allez pas croire que la loi contre les châtiments corporels à l’encontre des élèves soit totalement respectée. Elle est régulièrement bafouée, tout comme l’intégrité physique et la dignité des élèves est encore régulièrement piétinée.

Dans l’indifférence la plus totale. Parfois même les parents sont OK, allez-y, giflez donc ma fille, elle l’a bien mérité cette gourgandine. Humiliez-la devant toute la classe, qu’elle sache bien qu’elle n’est qu’une crotte.

Je ne dis pas que c’est monnaie courante, mais c’est déjà bien plus courant que ce qu’on veut bien l’imaginer. Et je ne dis pas que tous les profs sont d’horribles harpies (j’en ai deux à la maison, ça se passe bien, ce sont d’ailleurs d’excellents profs, pédagogues et humains, merci bien ;), tout comme j’aimerais bien qu’on ne dise pas que tous les élèves (même des quartiers sensibles) sont des délinquants en puissance.

Je crois profondément que le mauvais climat dans les écoles est autant dû aux violences inter-élèves qu’aux violences faites aux élèves… comment enseigner aux plus jeunes à vivre ensemble si les adultes ne sont pas capable de leur montrer l’exemple ? La violence dans les salles des profs n’est plus à démontrer non plus… On ne pourra engendrer la paix qu’en faisant la paix, et à tous les niveaux. N’exigeons pas des élèves qu’ils soient meilleurs que nous, soyons meilleurs avec eux.

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5 commentaires

  1. Moi aussi le comportement de certain de mes profs et des éducateurs m’ont fait bondir au plafond, mais très franchement, venant d’une ZEP, je peux t’assurer que si j’avais été prof et que les élèves se foutaient de ma gueule comme certain le faisait dans mon collège, j’aurais bien aimer pouvoir mettre des baffes.

    Parce que je crois qu’à la place du prof, je me serais pendu.

    Je ne défend pas les profs violents, entendons nous bien là dessus.

    Mais je sais que pour certain cas, tu auras beau avoir la compréhension et l’empathie d’un saint. ça ne changera pas celui qui est en face de toi.

    Parce que ces même élèves qui étaient vulgaires et odieux avec les profs l’étaient avec moi, m’insultaient, se moquaient. J’avais qu’une envie, les voir mourir. Bon vu ce qu’ils sont devenu maintenant, je me dis que la vie les a pas gâtés alors ils sont punis d’une certaine manière ^^

    1. Le problème c’est qu’on ne peut pas attendre d’élèves qui viennent d’un milieu social, familial violent, d’être des saints, quand EN PLUS en face d’eux les profs sont violents et ne cherchent pas plus loin que le bout de leur nez. Et il y en a. Mon collège était ZEP et certains profs étaient loin d’être des sains. Entre « perdre patience parce que là c’est too much », et « être constamment, sans cesse, sans répit, méprisant, violent dans les paroles et dans les actes », il y a un monde, et c’est pas difficile de considérer le background des gamins en face avant de les considérer comme des délinquants dont on ne pourra jamais rien faire.

  2. Tout à fait d’accord! Ce qui t’es arrivé est vraiment triste. Triste pour toi, car ça a vraiment dû être très dur. Les ados ne sont vraiment pas sympas entre eux, et il n’y en a pas beaucoup qui sont tolérant et/ou ouverts. Mais triste aussi pour la société, car si les relations élèves/profs ou élèves/élèves ne sont pas bonnes, comment avoir des personnes construites et ouvertes?
    Je n’ai jamais subi de violences physiques, mais je me souviens qu’en 6ème-5ème (il n’y a pas si longtemps que ça!), j’étais comme un « fardeau » qu’on se refilait pour ne pas l’avoir dans les bras (cause: l' »intello » de la classe…) . Mais ce temps là est fini, maintenant ça va mieux (heureusement!) :)
    en revanche, la violence au lycée est peu présente, je trouve, les profs s’entendent assez bien avec les élèves, sauf qques uns, mais rien d’alarmant! Les moqueries entre élèves existe encore, je me souviens d’un élève qui a dit dans un couloir à propos d’une fille qui a une physionomie assez particulière que les « personnes qui sont comme ça ne devraient même pas sortir de chez elles ». On ne peut pas vraiment parler de violence psychologique, c’est même pire car c’est dit dans le dos…. La différence entre le lycée et le collège est frappante en tout cas: la violence physique est presque inconnue au lycée (à ma connaissance), contrairement au collège. Et tant mieux! ;)

  3. J’ai toujours été très déçue d’avoir eu ta mère en prof si peu de temps. ( en même temps elle est partie pour la bonne cause, 2 jumeaux tout choupinous ~~) Y’a pas a dire j’adorais les cours de latin ^^ et j’aurais vraiment voulu l’avoir aussi en français mais bon. J’ai eu une prof super méchante à la place.
    Personnellement j’ai pas vraiment eu de prof qui me détestait je pense. Et je m’en réjoui, j’ai eu de la chance.
    Par contre je me souviens encore de ma prof de maths en terminale, au rendu du bac blanc  » Je sais plus quoi faire pour toi ». Super motivation madame merci!
    Donc un niveau des prof c’est clair qu’il y en a pas très pédagogue et tout ça.

    Ce qui me marque encore c’était la violence au collège, les injures pour notre « style », les jets de cailloux et de tubes de colles ( de crachats au passage) \o/

    Je préfère de loin garder en mémoire nos partage de barquette à la fraise ♥

    1. Quand vous êtes partis j’ai eu droit à une canette de coca et à des ballons dans la gueule :D trop la joie !
      On était vraiment peace’n’love déjà à l’époque ;) <3

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