homophobie

Tolérer ou accepter ?

Attention : ce billet est hautement inflammable, et ma réflexion est peut-être un peu périlleuse. Au lieu de vous livrer des clefs et de vous proposer un contenu abouti, dont je suis sûre et avec une position campée, je vais ici réfléchir quasiment en même temps que j’écris… donc encore une fois, venez partager avec moi ce que vous pensez du sujet !

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Tolérer vient du latin tolerare et veut dire, à la base : « accepter ce qui, d’ordinaire, n’est pas acceptable ». Ayant une maman professeur de langues anciennes, j’ai eu très tôt en tête cette étymologie un peu particulière qui me fait un peu buter sur le concept de la tolérance.

Un peu comme le concept de la modération (un prochain article aura pour objet cette Sainte Modération), il me chatouille le cerveau depuis un moment. Soyons clairs : je ne suis pas tolérante. (suite…)

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Avant…

Avant, j’étais un peu raciste.

Je disais, « je suis pas raciste mais… », mais ils m’énervent à parler arabe dans la rue, mais ils me saoulent à pas aller en cours le jour de l’Aïd. Je tournais la tête quand je voyais une femme voilée, en me disant que c’était ridicule, et que de toute façon ils lisent même pas le Coran chusûre, alors qu’ils la ramènent pas.

Avant, j’étais un peu homophobe.

Je disais, « je suis pas homophobe mais… », mais j’aime pas trop voir un couple d’hommes s’embrasser, ça me dégoûte un peu quoi. Je trouve qu’ils devraient pas se marier, parce que le mariage c’est un homme et une femme, c’est comme ça et puis c’est tout. Je croyais à l’adage « pour vivre heureux, vivons cachés », et je voulais un peu qu’ils se cachent, quand même.

Avant, j’étais un peu sexiste.

Je disais, « ah ça non, je suis pas féministe », je trouvais ça un peu crade de voir une mère allaiter en public, par exemple. J’avançais, aveugle, dans le monde de la publicité, bombardée de corps féminins dénudés pour vanter les mérites d’un casque audio ou d’une voiture, et je ne réagissais pas. Aucun problème.

Avant, j’étais un peu spéciste.

Je disais, « j’adore les animaux, mais… », mais bon que les animaux mignons, les chats surtout. Les autres franchement… qu’ils meurent ou pas… les lardons et le blanc de poulet, façon, c’est trop bon. Ils sont là pour ça, non ? Alors c’était pas ce que je préférais, mais ça me dérangeait pas plus que ça, de manger du lapin pendant que mon lapin de compagnie faisait ses dents dans la cage, à deux mètres de moi.

Avant, j’étais un peu violente.

Je disais, « une fessée ça n’a jamais fait de mal à personne », il faut bien les éduquer les gosses non ? Y a que comme ça que ça marche. Pas question que les enfants deviennent des rois. J’oubliais que j’avais été aussi une enfant et je me voyais perpétuer cette tradition, sans me poser de questions.

Avant, je ne réfléchissais pas, je ne laissais pas la personne que je suis vraiment prendre le contrôle de mes pensées. J’étais dirigée, comme un robot, par les préjugés et les automatismes que j’ai absorbés pendant dix-huit ans de vie dans une société majoritairement sclérosée, intolérante et violente.

Et un jour, je me suis réveillée de cette torpeur. J’ai ouvert les yeux sur un monde nouveau, où je voyais un peu trop de choses qui me gênaient, à l’extérieur, comme à l’intérieur. A l’intérieur de moi. J’ai eu l’impression que mon champ de vision s’élargissait soudainement, et que je voyais à la fois mieux et plus loin. (un comble, moi qui suis myope comme une taupe…)

Evidemment, ça ne s’est pas fait tout seul. J’ai rencontré des gens, j’ai beaucoup discuté… enfin avant, j’ai surtout écouté, les conversations des autres. J’ai été révoltée, puis curieuse, puis conquise. Alors je me suis mise à parler, à poser mes questions, et j’ai reçu certaines réponses. D’autres restent encore à trouver, la route est longue et je n’en suis qu’au début du chemin. J’ai lu, énormément, j’en ai dévoré des livres et des articles sur la bienveillance (surtout éducative dans un premier temps), sur le sexisme, sur l’homophobie.

Et j’ai utilisé ce cerveau que je possède, qui fonctionne parfaitement bien, et cette qualité de vie que j’ai la chance d’avoir et qui me permet de me poser, et de me soucier de tout cela. Bien au chaud chez moi, un toit sur ma tête et le ventre plein, je me suis demandé ce qui n’allait pas. Et ce qui n’allait pas, c’est que je me sentais pleine de rage, parfois de haine, et que je ne savais plus où donner de la tête pour l’évacuer. Je trouvais des boucs-émissaires, mais sans grande conviction finalement : ça ne m’aidait pas d’être violente comme ça. Ce n’était pas eux les coupables, ce n’était pas la bonne technique.

Alors je cherche à faire autrement.

Je pense qu’on peut faire évoluer le monde, en faire quelque chose de beau et de serein. Je pense que tout cela se base sur une relation pacifiée à soi, aux autres, au monde tout entier.

La route est longue, comme je l’ai dit. Je n’ai pas toutes les clés, je n’ai pas ouvert toutes les portes, peut-être ne les ouvrirai-je jamais toutes définitivement.

Je voudrais dans cette catégorie réfléchir sur les mécanismes de la violence, sur les formes qu’elle revêt, et sur les moyens qu’on peut utiliser pour s’en défaire. Je vous invite à partager vos impressions sur mes billets, que j’essayerai de faire fréquents et compréhensibles. (pas toujours facile…)

Les visages de la honte

Il était une fois un pays merveilleux. Peuplé d’hommes, de femmes et de petits d’hommes et de femmes libres, cet endroit était réputé pour être, depuis des siècles et des siècles, une terre où il fait bon vivre. Au sein de cette nation soudée, les enfants rentrent de l’école en gambadant, et une fois propres comme des sous neufs et les devoirs bien rédigés, ils s’attablent le soir devant un repas consistant et bien mérité.

Ce soir, Ouistiti et Lézard sont propres comme des sous neufs et leurs devoirs sont terminés. Devant leur omelette, ils chahutent un peu avec leurs frères et soeurs, pendant que papa et maman tentent péniblement d’avoir une conversation d’adultes. Quand soudain, c’est le drame.

Ouistiti fait les gros yeux. Lézard vient de lui dire « T’ES QU’UN MOMOSEXUEL !« 

Panique autour de la table de chêne.

Pourtant dans le ton de Lézard, il n’y a que du défi. Clairement, dans sa petite tête, le mot « momosexuel » n’a aucun sens. En décidant de le jeter à la tête de son frère, il veut savoir quelle réaction cela va engendrer. Il n’ose pas demander clairement à maman ou papa, « c’est quoi un momosexuel ? », alors il guette leur expression, il attend peut-être les hauts cris, pour savoir si c’est un mot noir très noir ou un mot tout doux tout rose. (et son frère Ouistiti aussi, il n’est pas plus au fait de ce qu’est un momosexuel)

Là, plusieurs cas de figures.

Maman pourrait répondre : « Mais enfin, ça ne va pas la tête, de traiter ton frère d’homosexuel ?! D’abord, sais-tu seulement ce que c’est, qu’un homosexuel ? C’est un homme qui aime un autre homme. Tu imagines ça ? Est-ce que ton frère a un amoureux ? Non ? Alors tais-toi donc maintenant et finis ton omelette sinon pas de dessert. Et en silence j’ai dit ! » Lézard, dépité, jetterait un regard furtif à Ouistiti, qui hausserait les épaules et ils fourrageraient dans leurs assiettes, encore pleins de questions.

Lézard et Ouistiti auraient appris un bien vilain mot aujourd’hui. Déjà, c’est pas « momosexuel », hein, et c’est « homosexuel ». Et maman elle aime pas ce mot, pas plus que papa au vu de ses sourcils tout froncés. C’est que ce mot doit être bien noir, et qu’il doit faire mal aux gens quand on leur dit. Pas comme « chaton » ou « doudou », c’est sûr.

Mais maman pourrait aussi répondre : « Eh dis donc, petit Lézard ? C’est quoi un momosexuel ? Tu le sais toi ? » Lézard se trouverait bien bête, et secouerait la tête en dénégation. Alors maman dirait « Un momosexuel, ça n’existe pas. Par contre un homosexuel, c’est un homme qui aime un autre homme. Quand on est un homme et qu’on aime une femme, on est hétérosexuel. Papa et moi, on est hétérosexuels. Tatie Tortue, elle a une amoureuse tu te souviens ? » – « Oui, son amoureuse c’est Crevette ! » – « Tatie Tortue et Crevette sont amoureuses, elles sont homosexuelles. Ce n’est pas un mot noir, ni un mot rose. C’est un fait. »

Lézard et Ouistiti penseraient alors à Tatie Tortue et à Crevette. Elles sont jolies toutes les deux, et elles sont tellement gentilles !

Et Lézard et Ouistiti ne penseraient jamais qu’être « homosexuel » puisse être source d’insultes, de coups, ou ne serait-ce que d’un regard intrusif quand on marche dans la rue.

Lézard et Ouistiti penseraient qu’être homo ou hétéro, c’est comme être blond ou brun, porter des lunettes ou des lentilles, faire du tennis ou de la broderie. Ca ne provoquerait aucune surprise chez eux, aucun dégoût, aucun questionnement. Ils trouveraient ça aussi normal que banal, et jamais il ne leur viendrait à l’esprit de cracher sur un couple de femmes, de les accabler d’injures toutes plus dégradantes les unes que les autres, ou de casser la gueule à un homme qui tient la main d’un autre homme en sortant d’un restaurant.

Jamais ils n’accepteraient de retourner des siècles en arrière.

Pour eux, l’homosexualité ne serait pas une maladie, ni une tare, ni une honte. Ce ne serait pas contagieux, ce ne serait pas dommageable, ce ne serait pas quelque chose qu’il faut cacher. Ca ne pourrait pas donner lieu à des coups, des injures, des discriminations. Pour eux, les homosexuels seraient des gens normaux. (suite…)